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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Avec The Double, Richard Ayoade adapte librement Dostoïevski et plonge Jesse Eisenberg dans un cauchemar kafkaïen. Un film fascinant, intelligemment mis en scène et parfaitement interprété.

 

 

"The Double", un film de Richard Ayoade

Garçon timide, Simon vit en reclus dans un monde qui ne lui témoigne qu'indifférence. Ignoré au travail, méprisé par sa mère et rejeté par la femme de ses rêves, il se sent incapable de prendre son existence en main. L'arrivée d'un nouveau collègue, James, va bouleverser les choses, car ce dernier est à la fois le parfait sosie de Simon et son exact contraire : sûr de lui, charismatique et doué avec les femmes. Cette rencontre amène James à prendre peu à peu le contrôle de la vie de Simon…

Richard Ayoade s'est fait remarquer en réalisant des clips et des épisodes de séries mais surtout avec son premier long-métrage, Submarine (2011), avec une BO signée Alex Turner des Arctic Monkeys, dont une tournée a été filmée par le cinéaste. Avec The Double, Ayoade adapte (librement) le roman du même nom de Dostoïevski. Mais, au-delà de l'œuvre de l'auteur russe, le film est sous l'influence majeure de Kafka (on pense sans cesse au Procès d'Orson Welles) et de cinéastes tels que Polanski (Le locataire) et Hitchcock (Fenêtre sur cour).

 

Dans un monde évoquant les années 80 soviétiques, mais plutôt "un monde qui n'a jamais existé et qui n'existera probablement jamais", selon Ayoade, Simon James (Jesse Eisenberg) est un employé modèle, mais effacé jusqu'à l'invisibilité. Les premières séquences, sans dialogues, sont un plaisir de pure mise en scène, parfois burlesque (la descente difficile du train et la sacoche coincée). Le réalisateur nous présente un personnage attachant mais terriblement falot, ignoré par ses collègues (un chef paternaliste et tyrannique, un garde qui ne le reconnaît jamais à l'entrée de l'entreprise où il travaille depuis sept ans…) et notamment la belle Hannah (Mia Wasikowska) dont il est épris. L'arrivée de son double inversé, James Simon, va bouleverser sa vie. Jesse Eisenberg est d'ailleurs exceptionnel, comme toujours, dans ce double rôle, auquel il apporte sa subtile ambigüité.

 

Entre dépression et schizophrénie, le personnage va se retrouver pris au piège de son double qui s'acharne à ruiner sa réputation, s'accaparer son travail et lui voler sa vie. Richard Ayoade met brillamment en scène le combat entre un homme et son double maléfique, mais aussi l'aliénation dans une société ultra normée et la solitude, dénominateur commun de (presque) tous les personnages, jusqu'au moindre petit rôle. Néanmoins, le film sait aussi être (très) drôle, (très) émouvant, notamment dans une séquence finale étonnante, qui frise un peu le grand-guignol mais offre une issue ambigüe et plus sombre qu'il n'y paraît. The Double est un film surprenant et à la photo (signée Erik Wilson) de toute beauté.

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