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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Après un grand succès au théâtre, les Brèves de comptoir débarquent au cinéma. Jean-Michel Ribes adapte le travail de Jean-Marie Gourio dans une comédie savoureuse aux allures de joute verbale et portée par des acteurs inspirés.

"Brèves de comptoir", un film de Jean-Michel Ribes

Une journée de la vie du Café L’Hirondelle, sur une petite place de banlieue, en face d’un cimetière. De l’ouverture à 6h30 du matin jusqu’à la fermeture à 22h30, les clients entrent, boivent, parlent, sortent, rerentrent, re-boivent et reparlent de plus belle. Ils composent un drôle d’opéra parlé, une musique tendre et cocasse, un cantique de pensées frappées au coin du plaisir d’être ensemble, un verre de vin blanc à la main. Le génie populaire danse.

 

 

On se souvient tous de la série Palace de Jean-Michel Ribes (1989) où figuraient déjà des "brèves de comptoir", incarnées par Jean Carmet. A l'origine, c'est Jean-Marie Gourio qui recueillait les "brèves" dans des bistrots et les publiait dans feu l'hilarant Hara Kiri. Après des livres et Palace, les brèves de comptoir donnent naissance à une pièce de théâtre aujourd'hui adaptée par Ribes pour le cinéma. Jean-Marie Gourio, qui a cosigné l'adaptation, explique sa méthode : "Chaque jour, et aujourd’hui encore, je m’installe au bout d’un zinc. (…) Debout. Les meilleures viennent de gens qui passent leur temps dehors, et viennent se réchauffer. Pour eux – postiers, agents des pompes funèbres, égoutiers, garagistes, ouvriers du bâtiment, éboueurs, chômeurs… – le bistrot est un havre où il fait bon discuter. (…) J’ai mes habitudes dans plusieurs bistrots, selon les horaires et les jours de la semaine. Je commande ma bière, j’attends, j’écoute. De ma place, je vois tout sans être repéré, j’entends plusieurs conversations en même temps. Il faut saisir les brèves et les noter immédiatement, sinon on en perd la formulation qui en fait le sel. Il faut que ça soit volé aussi, buissonnier pour que ça soit joli."

 

Dans le décor unique d'un bistrot de quartier de son ouverture (6h30) à sa fermeture (22h30, normalement…), le temps passe au moyen de cartons et les acteurs (casting prodigieux) nous entraînent dans une succession de "brèves", de pensées drôles, parfois justes, parfois bêtes, toujours poilantes, sous la forme d'un quasi cadavre exquis. Le démarche de Ribes est plus politique qu'il n'y paraît : redonner la parole au peuple, y compris dans ce qu'il a parfois de plus primaire, voire laid (la séquence sur le racisme est gênante par moments). Au fil de la journée, les verres se vident et les esprits s'échauffent. Ribes filme une France aux relents souvent xénophobes, sexistes, racistes ou homophobes. Mais aussi celle d'une pureté de cœur qui célèbre l'amitié et la solidarité. On peut être mal à l'aise devant le côté suranné des pensées et de cette langue issu de bistrots qui n'existent presque plus, mais le regard bienveillant de Ribes sait déjouer le danger des phrases qui font mal à la démocratie. On peut entendre "L'avenir, je préférais celui d'avant" mais aussi de bons mots ("Celui, il est con comme la Lune et jamais une éclipse"). Et lorsque un pilier de bars énonce une vérité ("Ce qu'il faudrait, c'est que ceux qui ont donnent à ceux n'ont pas"), tout le monde s'arrête pour lui demander s'il est bourré. Sous le masque de la vanne, le film laisse poindre une certaine mélancolie, une peur de l'avenir (et donc de la mort)  renforcée par le cimetière faisant face et les convois (parfois dignes du surréalisme) qui défilent pendant la journée. Enfin, au casting, des stars de l'humour du siècle dernier, fidèle à l'univers de Ribes : les Deschiens, Chevallier et Lespalès, Didier Bénureau, Valérie Mairesse, Annie Grégorio (géniale), Marcel Philippot (émouvant), Daniel Russo ou Bruno Solo. Agréable comme un plaisir démodé.

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