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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Denis Villeneuve livre son nouveau "piège" avec Enemy, adapté d'un roman de José Saramago. Jake Gyllenhaal incarne deux hommes, identiques physiquement mais à la personnalité bien différente. Un film complexe qui sonde les fantasmes cachés et le thème du double.

"Enemy", un film de Denis Villeneuve

Adam, un professeur discret, mène une vie paisible avec sa fiancée Mary. Un jour qu'il découvre son sosie parfait en la personne d’Anthony, un acteur fantasque, il ressent un trouble profond. Il commence alors à observer à distance la vie de cet homme et de sa mystérieuse femme enceinte. Puis Adam se met à imaginer les plus stupéfiants scénarios... pour lui et pour son propre couple.

Après le succès surprise d'Incendies en 2010, le réalisateur canadien Denis Villeneuve a été approché par Hollywood et a signé la même semaine de 2012 un contrat pour deux films, Enemy et Prisoners (lire l'article du 9 octobre 2013), dont les tournages se sont enchaînés. Prisoners a connu un très gros succès (1,2 million d'entrées en France) et est sorti près d'un an avant Enemy, tourné pourtant en premier. Dans les deux films, on retrouve Jake Gyllenhaal, impressionnant dans sa complexité de jeu. Enemy est une libre adaptation de L'autre comme moi du Prix Nobel de littérature Jose Saramago (décédé en 2010). Plus complexe que ses prédécesseurs, Enemy ne se livre pas facilement, le cinéaste admettant qu'il n'a pas cherché à rendre son intrigue explicite, renvoyant le spectateur à sa propre perception.

 

Adam, un professeur d'histoire à l'Université de Toronto, consacre certains de ses cours aux dictatures et à leur force de manipulation des masses. Une mise en abyme du cinéma mainstream qu'il côtoie sans jamais se plier à toutes ses contraintes ? Dès les premières images, la ville est brumeuse, étouffante et comme recouverte d'un voile. Dans de nombreux plans, on peut déceler le motif de la toile d'araignée, par ses lignes découpant le cadre et même plusieurs apparitions, réelles ou allégoriques, de l'animal à huit pattes objet de tous les fantasmes et de toutes les phobies. Et si la sexualité, le désir féminin se cachaient aussi dans les mystères de l'octopode ? La sexualité est très présente, mais toujours vécue comme une transgression ou un rapport de force, en témoigne l'étrange séquence d'ouverture, avec son araignée et ses références ouvertes à Eyes Wide Shut de Kubrick. Le thème de la maternité est aussi omniprésent, par la grossesse de la compagne d'Anthony, le double opposé d'Adam, acteur fantasque et extraverti, parfait sosie, par les appels (sans réponse) de la mère (Isabelle Rossellini comme pour enfoncer le clou d'une ambiance très proche de David Lynch) ou par la représentation d'une immense araignée sur la ville, reproduction d'une sculpture de Louise Bourgeois baptisée MamanEnemy brasse à la fois l'effroi du double inquiétant et l'angoisse prénatale des hommes. Face à son double, Adam est saisi par l'anxiété mais aussi par le fantasme d'échanger leurs vies. Sans donner de solution à son énigme, Villeneuve nous plonge dans un cauchemar existentiel, que la citation de Saramago ("Le chaos est indéchiffrable") placée au début du film illustre parfaitement. Une belle usine à fantasmes, parfois un peu vaine mais toujours fascinante.

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