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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Anne Fontaine adapte Posy Simmonds et retrouve Fabrice Luchini dans Gemma Bovery. Entre Flaubert et un vaudeville gorgé de sensualité, la réalisatrice continue de sonder le trouble du désir.

"Gemma Bovery", un film de Anne Fontaine

Martin est un ex-bobo parisien reconverti plus ou moins volontairement en boulanger d'un village normand. De ses ambitions de jeunesse, il lui reste une forte capacité d'imagination, et une passion toujours vive pour la grande littérature, celle de Gustave Flaubert en particulier. On devine son émoi lorsqu'un couple d'Anglais, aux noms étrangement familiers, vient s'installer dans une fermette du voisinage. Non seulement les nouveaux venus s'appellent Gemma et Charles Bovery, mais encore leurs comportements semblent être inspirés par les héros de Flaubert. Pour le créateur qui sommeille en Martin, l'occasion est trop belle de pétrir - outre sa farine quotidienne - le destin de personnages en chair et en os. Mais la jolie Gemma Bovery, elle, n'a pas lu ses classiques, et entend bien vivre sa propre vie...

Anne Fontaine sonde depuis plus de vingt ans le trouble du désir et les amours transgressives. Après La fille de Monaco, elle retrouve Fabrice Luchini dans le rôle inattendu d'un boulanger, ex-bobo las de sa vie parisienne qui est venu renouer avec ses racines normandes. Gemma Bovery est adapté du roman graphique de Posy Simmonds, quatre ans après Tamara Drewe de Stephen Frears (lire l'article du 18 juillet 2010), tiré du même auteur et avec la même actrice anglaise débordante de sensualité, Gemma Arterton.

 

Depuis sept ans qu'il a repris la boulangerie familiale, Martin (Luchini, égal à lui-même dans une interprétation attendue mais jubilatoire) se délecte de la campagne normande avec sa femme (Isabelle Candelier, très bien) et son fils "couillon", qui ne s'intéresse qu'aux jeux vidéo, comme la plupart des ados de son âge. Le boulanger, avouons-le, s'ennuie ferme. Inconditionnel de Madame Bovary, qu'il connaît par cœur, il voit Charles et Gemma Bovery s'installer en face de chez lui. Il s'imagine dès lors que sa nouvelle voisine, dont le charme opère instantanément, est une incarnation moderne de son héroïne littéraire. Anne Fontaine le filme comme un metteur en scène se prenant peu ou prou pour Flaubert (le film n'épargne pas ses personnages) et on retrouve dans les dialogues le goût de Flaubert pour la sottise ordinaire de ses contemporains.

 

Le film d'Anne Fontaine n'est pas toujours d'une grande finesse, certains personnages secondaires se vautrant trop dans une caricature excessive (Elsa "oh my God" Zylberstein). Mais elle réussit à faire du personnage de Niels Schneider un double du Rodolphe de Flaubert aussi lâche et pleutre que son modèle littéraire. Fabrice Luchini n'en finit plus, pour notre plus grand plaisir, de cabotiner avec son air de Droopy halluciné, mais le film se laisse regarder avec un plaisir de fin d'été. Anne Fontaine n'est pas ici au niveau de Nathalie…, Nettoyage à sec ou Perfect mothers, mais elle signe un divertissement tout à fait honorable.

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