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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Liv Ullmann revient au cinéma en adaptant Mademoiselle Julie, le chef-d'œuvre de Strindberg. Jessica Chastain offre son talent à ce personnage complexe. Une belle adaptation, parfois trop académique mais pleine de fièvre.

"Mademoiselle Julie", un film de Liv Ullmann

1890, Irlande. Tandis que tout le monde célèbre la nuit des feux de la Saint Jean, Mademoiselle Julie et John, le valet de son père, se charment, se jaugent et se manipulent sous les yeux de Kathleen, la cuisinière du baron, jeune fiancée de John. Ce dernier convoite depuis de nombreuses années la comtesse voyant en elle un moyen de monter dans l’échelle sociale.

Liv Ullmann est connue pour être une des muses de Bergman qui lui fit tourner certains de ses films les plus mythiques, comme Scènes de la vie conjugale, Persona ou Cris et chuchotements. Mais elle est aussi réalisatrice et metteur en scène pour le théâtre. Mademoiselle Julie est la plus célèbre pièce d'August Strindberg, adaptée au théâtre des dizaines de fois et très souvent au cinéma également.  On se souvient aussi de la version assez contemporaine de Frédéric Fisbach avec Juliette Binoche au Festival d'Avignon 2011. Liv Ullmann a longtemps rêvé d'incarner Julie mais, l'occasion ne s'étant jamais présenté, elle a décidé d'en faire sa propre adaptation.

 

Dans la pièce de Strindberg, chacun cherche à exercer sur l'autre une certaine domination, qu'elle soit sociale, sexuelle, physique, intellectuelle… Il y aussi l'idée que l'on n'échappe jamais à sa destinée sociale, quels que soient les efforts déployés. John (Colin Farrell) est un valet consciencieux et ambitieux, il ne pense qu'à monter l'échelle sociale. Il n'est pas anodin qu'il explique à Julie que son rêve récurrent est celui de vouloir grimper dans un arbre pour arriver au sommet mais sans jamais réussir à atteindre la première branche, la plus difficile. Ne  verra-t-il d'ailleurs pas, le temps de la nuit de la Saint-Jean, Julie comme sa première branche ? "Mademoiselle" Julie est un personnage ambigu, complexe. Jessica Chastain parvient parfaitement à s'approprier le rôle pour en faire une jeune femme à la fois très forte, très autoritaire, et profondément fragile. Sous le poids des conventions de sa naissance, elle a des désirs de liberté, mais séduit John plus par défi que par réelle envie de "s'abaisser".

 

Liv Ullmann filme ce face à face, sans jamais sortir (ou presque) de la cuisine, loin de l'affrontement, de la séduction. Samantha Morton campe à la perfection le personnage de Kathleen, servante et amante, modeste et droite, la seule, peut-être, à ne pas viser autre but  que sa condition. Le film nous enferme dans un huis clos, comme Julie et John sont enfermés dans leur destinée sociale. La mort rôde à chaque instant et le rapport de domination évolue. L'interprétation remarquable des acteurs et la sobriété de la mise en scène permettent de redécouvrir la beauté de ce texte.

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