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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Jean-Charles Hue met en scène un groupe de gens du voyage dans Mange tes morts - Tu ne diras point, son nouveau film. Fiction et réalité s'entremêlent dans un polar fiévreux et qui ne relâche pas sa tension.

"Mange tes morts - Tu ne diras point", un film de Jean-Charles Hue

Jason Dorkel, 18 ans, appartient à la communauté des gens du voyage. Il s’apprête à célébrer son baptême chrétien alors que son demi-frère Fred revient après plusieurs années de prison. Ensemble, accompagnés de leur dernier frère, Mickael, un garçon impulsif et violent, les trois Dorkel partent en virée dans le monde des « gadjos » à la recherche d’une cargaison de cuivre.

Après La BM du Seigneur (2011), Jean-Charles Hue retrouve la communauté des gens du voyage et notamment les familles Dorkel et Dauber, qu'il connaît bien. Ancien styliste, il tourne dès la fin des années 90 des films expérimentaux en Espagne dans le monde gitan. Avec Mange tes morts, le réalisateur s'infiltre littéralement dans une communauté qu'il commence à connaître. Le film se concentre sur moins de 24h, la veille du baptême (évangéliste) de Jason, qui vient de fêter ses 18 ans. Son frère Fred sort de quinze ans de prison (son "apparition" dans le film est stupéfiante) et ne le prend pas totalement au sérieux, étant maintenant, à 34 ans, le chef de famille. Entre les deux, Mikael préfère sculpter son corps et se la couler douce. Moïse, lui, leur cousin, est un rouquin d'à peine 20 ans, marié, pour les convenances principalement, à la mère de son enfant et parce qu'il a choisi de suivre la voie de Dieu.

 

Jean-Charles Hue ne filme pas une communauté gitane habituelle. C'est en Picardie que vivent ces Yéniches, qui parlent un mélange de français et de patois gitan. Dieu est omniprésent, ainsi que le respect immense pour les ancêtres, sans cesse invoqués, jusque dans l'expression récurrente à chaque phrase et qui donne en partie son titre au film, "Mes morts !" Entre grillades et bières (bues par dizaines) sur une aire dévolue aux gens du voyage, la communauté règle ses comptes, s'affronte et engage des "runs", des courses de vitesse sur ligne droite où les chauffeurs font chauffer les pneus des BMW. Un dernier case, pour se mettre à l'abri, va occuper les deux derniers tiers du film, une virée nocturne débridée avec Fred (génial colosse amoral), Jason, Mikael et Moïse, reprise en main du grand frère sorti de prison et rite de passage pour le plus jeune. Le film, comme une tragédie, fonce vers un destin funeste, avec une caméra au plus près des corps, abîmés parfois, tatoués souvent, cinégéniques toujours. Fred ira vers un destin, Jason entrera dans une autre voie. Jean-Charles Hue livre un western moderne fascinant.

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