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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Christophe Honoré adapte Ovide et ses Métamorphoses dans son nouveau film, interprété par des acteurs non professionnels. Un projet audacieux, étonnant et passionnant.

"Métamorphoses", un film de Christophe Honoré

Devant son lycée, une fille se fait aborder par un garçon très beau mais étrange. Elle se laisse séduire par ses histoires. Des histoires sensuelles et merveilleuses où les dieux tombent amoureux de jeunes mortels. Le garçon propose à la fille de le suivre.

Christophe Honoré est devenu en à peine plus d'une décennie un cinéaste majeur dans le paysage français. Héritier de la Nouvelle Vague, dans ses premiers films essentiellement, il est également inspiré par la littérature. Après La Princesse de Clèves (La belle personne en 2008) et un spectacle théâtral sur les auteurs du Nouveau Roman (Robbe-Grillet, Duras, etc…), Honoré a voulu redonner vie à l'un des textes les plus étudiés et les plus détestés des lycéens (qui se souvient avec horreur de ses versions latines comprendra…) : les Métamorphoses d'Ovide, un long poème de douze mille vers évoquant les grands mythes grecs. Le réalisateur précise : "J’ai pris une vingtaine d’histoires pour construire une ligne narrative. Je me suis concentré sur la confrontation des dieux et des mortels, selon trois temps. D’abord, la rencontre avec Jupiter, qui attire Europe (…) Ensuite, vient Bacchus, et tout porte là sur la croyance (…). Enfin, arrive Orphée, et je le suis dans son prosélytisme, son enseignement, son prophétisme. Pour lier ces trois moments, je cherchais un point de vue porté par une personne qui unirait l’ensemble selon un fil rouge : j’ai imaginé Europe comme cela."

 

Le pari de ce film est osé car il repose sur plusieurs principes particulièrement périlleux. Adapter la mythologie grecque de façon contemporaine sans tomber dans le didactisme ou le ridicule n'est pas chose aisée. Honoré parvient pourtant à transmettre toute la modernité du texte d'Ovide avec grâce et poésie, ainsi qu'à installer ses décors dans la proche banlieue parisienne, aux paysages pourtant si différents de la capitale. Faire tourner des non professionnels, pas ou peu habitués à la caméra, est toujours intéressant mais peut aussi s'avérer risqué. Le casting est (presque), parfait, avec Sébastien Hirel (extraordinaire Jupiter), Amira Akili (Europe, pleine de fougue et de dynamite !), Damien Chapelle (un Bacchus incroyable et rock'n'roll) ou Arthur Jacquin (à la beauté saisissante et ambigüe, quoi de plus normal pour incarner Narcisse). Tous sont inconnus et tous gagnent à être connus. Honoré, par la direction d'acteurs et le principe même du film, refuse tout naturalisme et, mine de rien, donne un petit coup de pied dans la fourmilière du cinéma français. Les passages choisis sont souvent les plus connus (Pan, Io, Tirésias, Narcisse, les Minyades…) et les métamorphoses ne sont pas éludées mais traitées sans effets spéciaux, par le simple montage. Le collage (habile) de plans successifs suffit parfaitement à donner l'illusion de la transformation. Christophe Honoré livre là un film très audacieux, fascinant et magnifique, et d'ailleurs pas forcément en contradiction avec le reste de son œuvre, lui qui s'est toujours attaché à faire renaître les formes anciennes en apposant son propre style.

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