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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Le premier long-métrage du réalisateur ukrainien Myroslav Slaboshpytskiy, The Tribe, est entièrement tourné en langue des signes, sans sous-titres. Un récit d'apprentissage au sein d'une pension et une mise en scène éblouissante. Une des révélations de l'année.

"The Tribe", un film de Myroslav Slaboshpytskiy

Sergey, sourd et muet, entre dans un internat spécialisé et doit subir les rites de la bande qui fait régner son ordre, trafics et prostitution, dans l’école. Il parvient à en gravir les échelons mais tombe amoureux de la jeune Anna, membre de cette tribu, qui vend son corps pour survivre et quitter l’Ukraine. Sergey devra briser les lois de cette hiérarchie sans pitié.

Présenté lors de la Semaine de la Critique lors du Festival de Cannes 2014, The Tribe y a reçu le Grand Prix et le Prix Révélation de France 4. Après un court-métrage (Deafness, 2010) traitant également de la surdité, Myroslav Slaboshpytskiy a décidé de développer son projet pour son premier long. Tous les acteurs sont sourds et non professionnels, recrutés lors d'un long processus de casting. Le cinéaste a également décidé de ne pas proposer de sous-titres, pour mettre le spectateur dans une position comparable à celles des sourds dans la société. "Il est important, à mes yeux, que le spectateur ne comprenne pas ce qui se dit mot à mot, mais plutôt ce qui se passe en général comme c’est le cas dans la pantomime ou le théâtre kabuki." Les premières minutes sont désarmantes car tellement inhabituelles, mais l'habileté de la mise en scène et sa précision font très vite oublier ce qui devient un détail.

 

The Tribe est uniquement composé de plans-séquences (moins de 40 sur 2h10), sans musique mais avec un travail minutieux sur le son. En l'absence de paroles, l'univers sonore du film se devait d'être irréprochable. Portes qui claquent, bruits de pas, de coups, moteurs, tous les sons participent à l'immersion du spectateur dans le film. On retrouve ici le thème d'un film sorti au printemps 2014, le très beau Leçons d'harmonie du kazakh Emir Baigazin (lire l'article du 30 mars 2014) : un adolescent perturbé arrive dans une pension où il va devenir le souffre-douleur d'un groupe de garçons violents, qui font régner la terreur et organisent divers trafics. Devant les humiliations répétées, le jeune garçon préparera sa vengeance froidement. Myroslav Slaboshpytskiy filme les corps au plus près (scènes de sexe et de baston) mais n'oublie pas d'injecter un portrait de la jeunesse de son pays, qui rêve de partir pour l'Europe ou les Etats-Unis. Deux filles se prostituent pour des routiers (sous la coupe du leader de la bande de bad boys de la pension) dans l'espoir de récolter assez d'argent pour partir en Italie. Violence, drogue, prostitution, mais aussi une histoire d'amour émaillent le récit. Une longue séquence d'avortement clandestin, presque insoutenable, marque le spectateur comme il l'a été dans 4 mois, 3 semaines et 2 jours (Palme d'or 2007 de Cristian Mungiu). Implacable et sidérant.

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