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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Céline Sciamma a enflammé la Croisette avec son troisième long-métrage, Bande de filles. Un film entre chronique sociale et comédie, d'une grande justesse et qui consacre la réalisatrice comme un atout majeur du cinéma français.

 

"Bande de filles", un film de Céline Sciamma

 

Marieme vit ses 16 ans comme une succession d’interdits. La censure du quartier, la loi des garçons, l’impasse de l’école. Sa rencontre avec trois filles affranchies change tout. Elles dansent, elles se battent, elles parlent fort, elles rient de tout. Marieme devient Vic et entre dans la bande, pour vivre sa jeunesse.

 

 

Naissance des pieuvres a fait l'effet d'une bombe dans le cinéma français en 2007, récoltant un "passage de témoin à la jeune génération" de la part de Jeanne Moreau qui remet à Céline Sciamma son César d'honneur en 2008. En 2011, son deuxième long, Tomboy, assoit sa popularité naissante et la film refera des vagues lors du débat houleux autour du "Mariage pour Tous". Sélectionné en ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs en mai 2014, Bande de filles pourrait bien être le film de la consécration. A l'origine de ce projet, la cinéaste affirme avoir voulu filmer "ces personnages, ces filles que je croisais dans le quartier des Halles, dans le métro, à la Gare du Nord, en bandes bruyantes, vivantes, dansantes." Un casting sauvage minutieux a permis de révéler une "bande de filles" particulièrement talentueuses, à commencer par Karidja Touré, exceptionnelle.

 

La première séquence nous plonge au cœur d'un match de football américain féminin. Céline Sciamma a toujours filmé les jeunes filles faisant du sport (natation synchronisée dans Naissance des pieuvres, foot dans Tomboy) et elle rend ici hommage à la culture des séries US qu'elle affectionne, comme Friday Night Lights. Après le match, les jeunes filles rentrent en groupe, chahutent puis se séparent, laissant place au silence en passant devant les "garçons" de la cité. Si Céline Sciamma n'avait jamais frontalement abordé la vie en banlieue parisienne, Naissance des pieuvres s'y déroulait déjà. Dans Bande de filles, Sciamma filme les barres d'immeubles comme des vaisseaux des temps modernes, avec un travail fabuleux sur le cadre et les grandes lignes urbaines. Sa mise en scène semble toujours fascinée par l'adolescence, cette période à la fois douloureuse, violente et très riche. La réalisatrice admet revenir toujours sur ses mêmes thèmes, "la naissance du désir, la pression du féminin et l'envie d'échapper à un destin tout tracé."

 

Le rythme du film entraîne le spectateur dès le départ et la caméra de Sciamma ne lâche pas d'une seconde Marieme (fantastique Karidja Touré, assurément en bonne place pour le César du meilleur espoir féminin) et ses copines. Au Forum des Halles, sur le parvis de la Défense (superbe travelling) ou dans une chambre d'hôtel louée pour faire la fête tranquillement, cette bande de filles compte bien refaire le monde et construire un avenir à leur goût. Dans une des plus belles séquences, déjà très commentée, les quatre héroïnes chantent et se déhanchent sur le tube de leur génération, Diamonds de Rihanna, qui a donné son autorisation pour utiliser sa chanson après avoir vu la scène. Les quatre minutes du tube laissent le temps à Sciamma de montrer ces jeunes filles se lâcher, oublier les difficultés et le regard des autres. Pendant près de deux heures, le parcours chaotique de ces jeunes filles nous fascine, nous passione, nous amuse et nous émeut. Une bourrasque dans le cinéma français.

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