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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Alain Cavalier nous invite à rejoindre Le Paradis, titre de son dernier film, entre retour aux sources, testament et ode à la vie. Grâce et poésie.

 

"Le paradis", un film de Alain Cavalier

Depuis l’enfance, j’ai eu la chance de traverser deux mini dépressions de bonheur et j’attends, tout à fait serein, la troisième. Ça me suffit pour croire en une certaine beauté de la vie et avoir le plaisir de tenter de la filmer sous toutes ses formes : arbres, animaux, dieux, humains… et cela à l’heure où l’amour est vif. L’innocence, le cinéaste en a perdu une partie. C’est si délicat à repérer autour de soi, si difficile à ne pas perdre au tournage. Ma reconnaissance va à ceux que vous regarderez à l’écran. Pour tenir tête au temps, j’ai une parade qui est de fouiller dans mon stock d’émotions et d’images anciennes. Non pour retrouver ce qui ne reviendra pas mais pour deviner dans l’hiver les signes du printemps. Cela permet de recommencer encore une journée d’un pas aisé. Alain Cavalier

 

 

Depuis de nombreuses années, Alain Cavalier ne fait plus de films qu'en solitaire, avec sa caméra numérique et une équipe réduite à quelques acteurs, tout au plus. Le "filmeur" (titre d'un ancien long-métrage) est à présent à l'hiver de sa vie (83 ans) et "fouille dans [s]on stock d'émotions et d'images anciennes" pour nous donner à voir la beauté de la vie. A la campagne, chez lui, Cavalier filme ce qui l'entoure, à commencer par un bébé paon, qui ne survivra pas et à qui il consacre un petit mausolée fait d'un caillou et de trois clous rouillés. Au fil des saisons, ce petit monument est recouvert par les feuilles mortes, la neige, la végétation… Cavalier entre alors dans une réflexion sur le réel, sur ce qui l'entoure, et l'on pense parfois à Godard et son Adieu au langage sorti quelques mois plus tôt. Le chien est remplacé par un chat et Cavalier préfère un traitement plus direct avec la nature, plus apaisé, à l'image d'un homme qui semble être revenu de tout et attendre les dernières années avec sérénité.

 

Avec sa voix douce et chaude, Alain Cavalier réinvente les petites joies les plus simples, retrouve le monde extraordinaire de l'enfance et s'adonne (littéralement) à un jeu de "marabout - bout de ficelles". Se détournant des divertissements fictifs (du cinéma ?), Cavalier semble nous dire que tout est là, dans la nature, et surtout dans le réel, rien que le réel. Avec de simples jouets (petit robot, oie mécanique), il met en scène la Bible et L'Odyssée, mêlant les deux, confondant Ulysse et Jésus. Il tente même l'expérience de savoir si le Coca-Cola enlèverait vraiment la rouille en plongeant des clous dans une canette… Pendant 1h10, Alain Cavalier invente sa propre forme de cinéma, entre journal, collage et film expérimental. Une pépite pleine de grâce et de poésie.

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