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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Xavier Dolan a reçu, avec Jean-Luc Godard, le Prix du Jury au Festival de Cannes avec son cinquième long-métrage, Mommy. Le jeune cinéaste retrouve Anne Dorval et Suzanne Clément pour un grand film sur l'amour et l'amitié, généreux et lyrique. Son meilleur film.

 

"Mommy", un film de Xavier Dolan

Une veuve mono-parentale hérite de la garde de son fils, un adolescent TDAH impulsif et violent. Au cœur de leurs emportements et difficultés, ils tentent de joindre les deux bouts, notamment grâce à l’aide inattendue de l’énigmatique voisine d’en face, Kyla. Tous les trois, ils retrouvent une forme d’équilibre et, bientôt, d’espoir.

 

 

En cinq ans et cinq longs-métrages, Xavier Dolan, 25 ans, s'est imposé comme une valeur sûre du paysage cinématographique. Avec Mommy, il passe à un niveau supérieur, à tout point de vue. Le film obtenu le Prix du Jury ex aequo avec Adieu au langage de Godard, le festival récompensant ainsi les plus jeune et plus vieux cinéastes de la compétition. Dolan est ce qu'on peut appeler une personnalité clivante, comme son cinéma. Généreux, attachant, avec la fougue de la jeunesse mais aussi agaçant, tête à claques et avec un égo surdimensionné à ne plus passer entre deux portes de la gloire. Qu'on aime Xavier Dolan ou qu'on soit allergique à son cinéma, on ne peut nier son talent, son énergie.

 

Mommy revient sur les fondamentaux de son premier film (J'ai tué ma mère) en revisitant les rapports mère-fils, dans une forme totalement différente. "À l’époque de "J’ai tué ma mère", j’avais voulu, je pense, punir ma mère. Seulement cinq ans ont passé depuis, mais je crois bien qu’aujourd’hui, à travers "Mommy", j’essaie maintenant de la venger" explique le réalisateur. L'immense Anne Dorval interprète de nouveau la mère d'un ado difficile, mais après la dame au look bourgeois du premier film, cette "mommy" est bien différente. Quadra sexy, trop jeune pour être veuve, elle tente d'élever son fils Steve (Antoine-Olivier Pilon, excellent) "impulsif et violent". Kyla (Suzanne Clément) est la voisine, plus effacée, prof en année sabbatique. Le film va les réunir et observer comment ces trois accidentés de la vie vont s'aider à vivre, à affronter les obstacles, s'aimer.

 

Dolan a choisi de filmer dans un format carré (1:1), enfermant les personnages, sans profondeur de champ et sans horizon. Cette très bonne idée est justifiée par l'amour du cinéaste pour ses acteurs et sa façon de les filmer de très près, de cadrer leur visage en plein écran. Et puis il y a cette séquence à la fois simple et magique durant laquelle Steve pousse littéralement les bords du cadre pour agrandir l'image et apporter une respiration, une perspective, avant que la réalité ne revienne et que le cadre ne se resserre. Ce choix de cadre serré n'est pas une coquetterie et offre des possibilités fortes, comme une séquence de danse sur un tube de Céline Dion ("notre trésor national, merde !") dans une cuisine miteuse, véritable point de départ d'un triangle qui va nous bouleverser et ne plus jamais redescendre en tension. La musique, comme toujours chez le réalisateur, tient une place primordiale et ici, la plupart des morceaux sont liés à une compile gravée par un père/mari décédé prématurément. Le film est ponctué de tubes de Dido, Oasis ou Lana Del Rey.

 

Mommy nous donne à voir, au-delà de sa mise en scène impeccable et de son interprétation extraordinaire (Anne Dorval mérite toutes les récompenses), une certaine vision de la vie, qui place l'amour (et l'amitié) au centre de toute chose. Le cinéma de Dolan carbure à cette énergie naïve et exubérante, une générosité contagieuse qui semble dire merde au cynisme et à l'intolérance d'une société souvent trop conformiste. Quand une psy explique, au début du film, à la mère que "ce n’est pas parce qu’on aime quelqu’un qu’on peut le sauver", "Mommy" répond par une des phrases-clés du film : "Les sceptiques seront confondus." Tout est dit.

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