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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Christopher Nolan, le nouveau roi de la science-fiction, livre son film-somme, Interstellar, une odyssée de l'espace sur notre rapport au temps et notre instinct de survie. Une réflexion portée par une réalisation virtuose.

"Interstellar", un film de Christopher Nolan

Le film raconte les aventures d’un groupe d’explorateurs qui utilisent une faille récemment découverte dans l’espace-temps afin de repousser les limites humaines et partir à la conquête des distances astronomiques dans un voyage interstellaire. 

 

 

Après l'énorme succès de la trilogie Batman (The Dark Knight) mais aussi de son film de science-fiction Inception, Christoper Nolan a accepté de reprendre un projet à l'origine porté par Steven Spielberg. Développé avec son frère Jonathan Nolan, le scénario d'Interstellar s'est appuyé sur de rigoureuses recherches scientifiques, mais le film est avant tout une réflexion métaphysique. Impossible de ne pas penser à 2001, le chef-d'œuvre de Kubrick, fondateur d'une nouvelle forme de science-fiction, car les deux films évoquent la solitude de l'homme dans l'espace, son rapport au temps et l'instinct de survie alors que la planète Terre se meurt.

 

Dans la première heure, on découvre l'Amérique dans un futur dont on ignore s'il est proche ou non, comme revenue en pleine Dépression des années 1930, avec des champs de maïs à perte de vue et une épaisse poussière qui balaie les paysages désolés. Depuis plus de dix ans, les recherches militaires et scientifiques ont été (officiellement) abandonnées, l'humanité se concentrant désormais sur l'agriculture, seul remède à la famine qui guette. Matthew McConaughey (épatant) incarne un père de deux enfants, veuf, ancien pilote à la NASA devenu fermier, contre son gré. Quand, sous prétexte de trouver une nouvelle planète pour y transporter l'espèce humaine, il est envoyé dans l'espace, son monde vole en éclats. La force d'Interstellar est dans son mélange d'apparente complexité (beaucoup de jargon scientifique et de concepts comme le trou de ver ou le trou noir) et de simplicité profonde. Il ne nous parle jamais d'autre chose que d'amour et de cercle familial.

 

L'ombre de Kubrick plane nécessairement sur ce type de projet et Nolan décide d'en jouer, avec des robots ressemblant au monolithe de 2001 ou une traversée cosmique qui en jette plein les yeux. L'autre (déjà) classique du film d'espace auquel on pense, c'est aussi Gravity, d'Alfonso Cuaron, sorti un an avant Interstellar (lire l'article du 21 octobre 2013). Là où le chef-d'œuvre de Cuaron proposait un film contemplatif, Nolan choisit de nous bousculer durant près de trois heures, avec un rapport ambigu à la communauté scientifique, qui ment sur ses intentions, par exemple, à des fins sombrement cyniques. Une des grandes idées de Nolan est de travailler sur notre rapport au temps. En explorant une possible planète refuge, Cooper et son équipe se lancent dans une course contre la montre : chaque heure passée sur cette planète équivaut à sept années terrestres. Pour le héros, qui veut retourner mourir auprès de ses enfants avant qu'eux-mêmes ne soient des vieillards et meurent à leur tour, la question du temps devient une obsession quand il découvre, de retour dans le vaisseau, qu'il a plus de 23 ans de messages enregistrés par ses proches. Interstellar est souvent déroutant, parfois trop démonstratif, mais toujours ultra maîtrisé. Le film propose une réflexion passionnante sur la question du temps et de la survie, avec l'amour d'un père pour ses enfants en toile de fond. En ce sens, le film est beaucoup plus proche de l'univers de Spielberg (à l'origine du projet) que de celui de Kubrick. Christophe Nolan livre ici son film le plus bouleversant.

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