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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Guillaume Canet est à l'affiche du nouveau film de Cédric Anger, La prochaine fois je viserai le cœur, un polar sombre adapté d'un fait divers des années 70. Dans la tête d'un tueur malade, le film emporte par son efficacité et la qualité de sa réalisation.

"La prochaine fois je viserai le cœur", un film de Cédric Anger

Pendant plusieurs mois, entre 1978 et 1979, les habitants de l’Oise se retrouvent plongés dans l’angoisse et la terreur : un maniaque sévit prenant pour cibles des jeunes femmes. Après avoir tenté d’en renverser plusieurs au volant de sa voiture, il finit par blesser et tuer des auto-stoppeuses choisies au hasard. L’homme est partout et nulle part, échappant aux pièges des enquêteurs et aux barrages. Il en réchappe d’autant plus facilement qu’il est en réalité un jeune et timide gendarme qui mène une vie banale et sans histoires au sein de sa brigade. Gendarme modèle, il est chargé d’enquêter sur ses propres crimes jusqu’à ce que les cartes de son périple meurtrier lui échappent.

 

 

Hiver 1978, dans l'Oise, un tueur en série terrorise la population. Il blesse et tue des jeunes femmes au hasard et avec une violence sèche sans jamais laisser la moindre trace tangible (pas d'analyses ADN à l'époque). Cédric Anger a choisi ce fait divers pour son troisième film (après, notamment L'avocat en 2011), fait divers d'autant plus terrifiant que le tueur (c'est révélé dès les premières séquences du film) est en réalité un gendarme membre de l'équipe chargée de l'enquête pour arrêter le psychopathe. Le très beau titre du film vient d'une des lettres que le tueur adressa aux autorités lorsqu'une victime lui échappa. "La prochaine fois je viserai le cœur" écrivait-il, comme une menace à celles à qui il répétait, avant de les tuer, "attention, je vais te faire mal".

 

La bonne idée du film est de s'attacher non pas vraiment à la traque de ce tueur mais au tueur lui-même, en essayant sinon de le comprendre du moins de l'observer. Quand il a tué, en rentrant chez lui, il se flagelle, se mutile, prend des bains glacés, comme pour se purifier de ses actes, lui qui a une vision de la société au-delà du nihiliste et au-delà du conservatisme. Il enfile son uniforme de gendarme et part, avec un plaisir assez pervers, à la recherche du tueur, à tel point qu'il rêverait, comme le souligne le cinéaste, de s'arrêter lui-même. Sans chercher à expliquer les actes de ce tueur bicéphale (ni la justice ni les médecins ni lui-même n'en sont capables), Cédric Anger offre son personnage au public comme un objet de fascination, épouvantable, certes, mais captivant. Le visage de Guillaume Canet, poupon, tranche avec l'horreur des actes de son personnage et l'acteur trouve ici son meilleur rôle, inédit. Ce psychopathe déteste tout le monde, à commencer par lui-même, et la société qui prend un tournant trop vulgaire, mais est-ce vraiment la raison de sa colère ? Nul ne la connaît, et surtout pas le principal intéressé. Avec une mise en précise et un sens aiguisé du rythme, Cédric Anger signe son meilleur film et prouve qu'en France aussi, on sait faire des polars.

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