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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Avec Qui vive, son premier film, Marianne Tardieu offre un joli rôle à Reda Kateb, le portrait d'un homme avec ses doutes, ses convictions et ses contradictions. L'interprétation solide de tous les acteurs, professionnels ou non, soutient le film, faisant oublier ses faiblesses.

"Qui vive", un film de Marianne Tardieu

Retourné vivre chez ses parents, Chérif, la trentaine, peine à décrocher le concours d’infirmier. En attendant, il travaille comme vigile. Il réussit malgré tout les écrits de son concours et rencontre une fille qui lui plaît, Jenny… Mais au centre commercial où il travaille, il perd pied face à une bande d'adolescents désœuvrés qui le harcèlent. Pour se débarrasser d'eux, il accepte de rencarder un pote sur les livraisons du magasin. En l'espace d'une nuit, la vie de Chérif bascule...

 

 

Marianne Tardieu, chef opératrice et enseignante dans une école de cinéma, a tourné en un mois son premier film, Qui vive, porté par Reda Kateb, devenu incontournable pour le cinéma d'auteur en moins de cinq ans. Elle confie avoir voulu coller à la réalité de la vie en cité, sans jamais tomber sans le cliché ou la caricature. Sur ce point, le pacte est totalement respecté. Dans une banlieue morose de Rennes, en Bretagne, les jeunes de cité s'ennuient comme en Île de France. Chérif (Reda Kateb, tout en nuances) travaille comme agent de sécurité, il n'aime pas dire "vigile", comme si une expression plus soutenue changeait la réalité du métier. Mais il veut repasser son concours pour l'école d'infirmier. Marianne Tardieu suit dans une première partie le quotidien répétitif de ce jeune homme sérieux, plutôt réservé et pourtant tiraillé entre son envie de s'offrir une meilleure vie et la tentation des trafics, avec des copains d'enfance, des "mauvaises fréquentations" comme on dit.

 

Le film adopte un ton toujours très juste et refuse de styliser la banlieue, préférant s'approcher de la réalité avec des scènes parfois presque documentaires (les jeunes qui traînent dans les galeries commerciales, par exemple). On est à l'opposé du travail de Céline Sciamma, et notamment de son très beau Bande de filles (lire l'article du 21 octobre 2014), mais les deux choix se justifient. Manque peut-être à ce Qui vive une étincelle qui le ferait jaillir hors de ses rails tranquilles. Pourtant, dans une seconde partie, la réalisatrice nous propose de voir comment Chérif va assumer son "unique" dérapage, l'erreur qui pourrait faire basculer sa vie. L'interprétation est toujours très juste, comme Moussa Mansaly, véritable révélation, Rashid Debbouze, Adèle Exarchopoulos (étonnamment sous employée) ou le jeune et prodigieux Hassan n'Dibona, dans son premier rôle. A la question du déterminisme social et de la fameuse égalité des chances, le film apporte une réponse nuancée et tout à fait intéressante, loin de toute caricature ou de tout parti pris. On espère retrouver ce ton juste dans les prochains films de Marianne Tardieu, car il y en aura.

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