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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Le prolifique François Ozon signe -déjà- son quinzième long-métrage, Une nouvelle amie, avec Anaïs Demoustier et Romain Duris. Le cinéaste affirme encore et toujours sa liberté dans un film audacieux et généreux.

"Une nouvelle amie", un film de François Ozon

A la suite du décès de sa meilleure amie, Claire fait une profonde dépression, mais une découverte surprenante au sujet du mari de son amie va lui redonner goût à la vie.

 

 

A l'origine du projet, il y a la nouvelle The Next Girlfriend de Ruth Rendell, parue en 1985. Avant même son premier long-métrage, François Ozon a l'idée d'en faire un film, mais il renonce, n'ayant ni le budget ni le casting. Quinze ans plus tard, il décide de se repencher sur cette adaptation en gardant le point de départ mais en apportant de profondes modifications, comme l'épouse décédée prématurément, absente de la nouvelle. Chantal Poupaud, la mère de Melvil et réalisatrice de Crossdresser, un documentaire sur les transgenres, lui donne alors des conseils et lui fait partager son expérience : "Elle m’a parlé de l’un d’eux, dont l’épouse était très malade, elle savait qu’elle allait mourir et avait choisi de disparaître de la vie de son mari. Pour la faire revivre, il avait alors eu le désir de s’habiller avec les vêtements de sa femme et avait commencé à se travestir régulièrement. Cette idée m’a tout de suite fasciné et ému."

 

Romain Duris incarne donc David, un jeune père de famille qui, à la mort prématurée de sa femme, retrouve son goût enfoui pour le travestissement. L'acteur n'est pas forcément habitué à ce genre de transformation, même si on se souvient d'une ébauche dans une scène du formidable premier film de Christophe Honoré (17 fois Cécile Cassard) où il redonne vie à la chanson de Lola de Jacques Demy. David perd sa femme (Isild Le Besco) et, conformément à leur promesse d'enfance, Claire (Anaïs Demoustier, géniale, la nouvelle Isabelle Huppert) entend bien surveiller le jeune veuf et leur enfant. L'épouse décédée va cependant réapparaître (coucou Vertigo de Hitchcock) via le travestissement de David et faire vaciller les certitudes de Claire (re-coucou Vertigo pour la libération du fantasme lesbien). François Ozon parvient, comme toujours ou presque, à rester sur le fil ténu entre grâce et ridicule sans jamais tomber dans l'écueil redouté. Il y a du Almodovar dans ce film-là. L'identité sexuelle est multiple et la conception des schémas familiaux amenée à évoluer. Qu'on se le dise, n'en déplaise aux grincheux de la Manif Pour Tous.

 

Avec une BO dont Ozon a le secret (Katy Perry, Nicole Croisille et Amanda Lear) et un sens du rythme qui force l'admiration, le cinéaste délivre un message fédérateur mais qui n'oublie pas d'être aussi radical, redessinant les codes masculin / féminin et les archétypes de la famille. La scène finale est, à ce titre, un souffle d'air frais. François Ozon n'est pas un cinéaste militant et pourtant, son film pourrait apporter sa pierre à l'édifice du débat sur les "nouvelles familles". "Le travestissement n'est pas le sujet du film mais une manière d'aborder la différence et les préjugés" explique-t-il. Tout est dit.

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