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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Le prometteur J.C. Chandor passe un cap avec son troisième long-métrage, le très maîtrisé A most violent year, avec Oscar Isaac et Jessica Chastain. Un film sombre qui consacre le talent d'un réalisateur néoclassique et prolonge son thème de prédilection : la crise.  

"A most violent year", un film de J.C. Chandor

New York - 1981. L'année la plus violente qu'ait connue la ville. Le destin d'un immigré qui tente de se faire une place dans le business du pétrole. Son ambition se heurte à la corruption, la violence galopante et à la dépravation de l'époque qui menacent de détruire tout ce que lui et sa famille ont construit.

 

 

En seulement trois ans, J.C. Chandor s'est construit une solide réputation de nouveau petit génie du cinéma américain. Son premier film, Margin Call (lire l'article du 15 mai 2012), fut un coup de maître et le deuxième, All is lost (lire l'article du 18 décembre 2013), une belle prise de risque. Différents sur la forme, les trois films de Chandor, avec ce nouveau A most violent year, abordent, au fond, le même thème, ou, du moins, prennent le même point de départ : une crise, qu'elle soit professionnelle, personnelle ou financière. Ici, le sacro-saint rêve américain est mis à mal dans ce qu'il a de plus emblématique : la réussite professionnelle d'un immigré hispanique dans le New York des années 70/80. On pense fatalement à Scorsese, un des cinéastes ayant le mieux filmé la ville. Et aussi parce que l'acteur principal, Oscar Isaac, repéré dans Inside Llewyn Davis des frères Coen (lire l'article du 7 novembre 2013), a tout du Al Pacino de cette époque, notamment celui de Serpico de Sydney Lumet avec qui le film partage ce personnage à la recherche d'intégrité dans un milieu corrompu.

 

Revisitant les motifs des polars des années 70, J.C. Chandor est plus qu'un imitateur. La course poursuite du film n'a rien à envier à The French Connection ou Bullitt, de même que l'intrusion d'un "cambrioleur" devient un moment à la fois attendu et complètement repensé dans son traitement. La grande différence se trouve surtout dans le personnage principal qui, contrairement à beaucoup de héros de chez Scorsese pour ne citer que lui, n'est ni flic ni gangster. Il s'agit d'un homme qui veut faire progresser son business en restant dans la légalité et le "pur" capitalisme (on achète et on vend). Oscar Isaac, qui incarne Abel, estime que son personnage "évoque le type qui rêve d’appartenir à une société capitaliste, qui aspire à mener la belle vie, et qui résiste à son impulsion d’avoir recours à la violence pour arriver plus vite à faire fortune." Autour de lui, son avocat se considère lui-même comme un gangster et sa femme (Jessica Chastain, extraordinaire), fille d'un ancien gangster de Brooklyn, donne le change en s'occupant des comptes, mais entend bien diriger dans l'ombre des opérations plus "ambitieuses". L'immense réussite de ce film tient dans sa qualité d'interprétation, mais aussi dans sa mise en scène efficace et empreinte de cinéphilie. J.C. Chandor recrée magnifiquement le New York du début des années 80, avec la lumière magique du jeune chef op Bradford Young, et livre le dernier grand film de l'année 2014. A 41 ans, il n'a, de toute évidence, pas fini de nous émerveiller.

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