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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Abel Ferrara retrouve Willem Dafoe dans Pasolini, qui retrace la dernière journée du poète et cinéaste italien. Un hommage original et iconoclaste ainsi qu'une introduction intéressante à l'œuvre des deux cinéastes.

"Pasolini", un film de Abel Ferrara

Un jour, une vie. A Rome, la nuit du 2 novembre 1975, le grand poète italien et réalisateur Pier Paolo Pasolini est assassiné. Pasolini, le symbole d'un art aux prises avec le pouvoir. Ses écrits sont scandaleux, ses films persécutés par les censeurs, beaucoup l'aiment, beaucoup le détestent. Le jour de sa mort, Pasolini passe ses dernières heures avec sa mère adorée, puis avec ses amis proches et part enfin, au volant de son Alfa Romeo, à la quête d'une aventure dans la cité éternelle. Au lever du jour, Pasolini est retrouvé mort sur une plage d'Ostie, aux abords de la ville. Dans un film onirique et visionnaire, entre réalité et fantasme, Abel Ferrara reconstruit le dernier jour de la vie de ce grand poète avec son acteur fétiche, Willem Dafoe, dans le rôle de PPP.

 

 

Abel Ferrara a dérouté avec Welcome to New York (lire l'article du 27 mai 2014) et son scandale cannois autour de l'affaire DSK en mai 2014. On préfère se souvenir de son dernier grand film en date, 4h44 - Dernier jour sur Terre (lire l'article du 19 décembre 2012), avec déjà Willem Dafoe, parmi ses acteurs fétiches. Pasolini est le premier biopic de Ferrara, mais le cinéaste new-yorkais s'écarte d'un traitement classique pour faire une évocation plus personnelle du maître italien. Le film s'ouvre sur la reconstitution d'une des dernières interviews de Pasolini face à un journaliste français, évoquant le parfum de scandale de son œuvre. Déjà, on sent comme un goût de bilan, comme si le réalisateur avait une préscience de son funeste destin. Puis, Ferrara filme sa dernière journée à Rome, entre repas de famille avec la mère bien aimée, ultime entretien avec un journaliste, travail sur ses projets en cours et une virée nocturne à la recherche de sexe avec de jeunes prostitués.

 

En marge des dernières heures de Pasolini, Ferrara met en scène des extraits du dernier scénario de PPP et entremêle réalité et fiction. Ce film que Pasolini ne tournera jamais, c'est Porno-Teo-Kolossal, récit fantastique autour de la quête d'un nouveau Messie. Epifanio (Riccardo Scamarcio) est convaincu que le Messie est né et il suit une étoile censée le guider vers ce bébé, mais il découvre en fait une orgie où homosexuels et lesbiennes s'accouplent lors d'un rite annuel de reproduction pour préserver la race humaine… A défaut de trouver le paradis, Epifanio se rendra compte de la beauté de la Terre, qu'il a quittée et ignorée si longtemps. Passant de l'anglais à l'italien (souvent sans réelle logique), le film est bouleversant quand il met en scène les retrouvailles avec la famille et la muse Laura Betti (Maria de Medeiros, étonnante) puis dans la dernière virée nocturne, en quête de sexe avec de beaux et jeunes inconnus. Ferrara émet l'hypothèse d'un guet-apens, mais on ne saura jamais vraiment qui a tué le cinéaste, retrouvé mort et roué de coups sur une plage d'Ostie. La réaction de la mère, douloureuse et digne, est la plus belle scène de ce film singulier, à l'image de son sujet comme de son metteur en scène.

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