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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Stéphane Demoustier signe son premier long-métrage avec Terre battue, coproduit par les frères Dardenne. Un film sec et maîtrisé sur l'ambition et les victimes d'une société qui met tout le monde en compétition.

"Terre battue", un film de Stéphane Demoustier

Résolu à ne plus travailler pour d’autres, Jérôme  cherche à monter sa société coûte que coûte, et ce malgré les réticences de Laura, sa femme. Ugo, leur fils de 11 ans, joue au tennis et veut devenir champion. Pour cela, il lui faut intégrer le centre national d’entraînement, à Roland Garros. Comme son père, il est prêt à tout pour arriver à ses fins. Ensemble, Ugo et Jérôme vont apprendre qu’on ne peut pas contourner toutes les règles pour réussir.

 

 

Stéphane Demoustier (frère d'Anaïs) a réalisé quatre courts-métrages avant de passer au long, qu'il a écrit en pensant à un fait divers d'il y a une dizaine d'années, alors qu'il était adolescent et pratiquait le tennis à haut niveau : "l'histoire d'un père dont le fils était un bon joueur de tennis, et qui, pour être sûr de le faire gagner, avait mis un puissant somnifère dans la bouteille d’eau de plusieurs des adversaires. L’un d’eux en est mort. Cela m’avait marqué. (…) Ça a été un déclencheur. Je me suis demandé ce qui se jouait derrière ce drame. Il fallait tout réinterpréter."

 

Olivier Gourmet incarne un cadre à l'approche de la cinquantaine, plein de dynamisme malgré la perte récente de son emploi. Le plan-séquence magistral d'ouverture nous montre cet homme, Jérôme, partir de son bureau pour traverser les salles du magasin qui l'employait, recevant les félicitations et les accolades de ses collègues, jusqu'à se retrouver seul sur le parking d'une zone commerciale. Les centres commerciaux, c'est la passion de Jérôme, il les parcourt même lorsqu'il est en vacances. Et il compte bien rebondir, créer sa société, quitte à ne pas tout faire dans l'exacte moralité. En réalité, il représente parfaitement les conséquences d'un système néolibéral qui finit par opposé chacun à chacun. Alors que sa femme s'éloigne un peu, son fils, Ugo, se passionne pour le tennis et voudrait embrasser une carrière de sportif professionnel.

 

Jérôme et Ugo évoluent donc en parallèle, avec des objectifs de réussite qui les poussent à s'arranger avec les circonstances, et à franchir certaines limites. Les personnages secondaires sont très bien dessinés, particulièrement celui de la mère, interprétée par une Valeria Bruni Tedeschi en état de grâce. Jérôme et Ugo l'écartent de leur vie sans s'en rendre compte, et, se sentant femme au foyer devenue inutile, elle s'éprend d'un autre, rêve d'une autre vie. Stéphane Demoustier, avec une mise en scène sobre mais efficace, filme le père et le fils comme un tandem, un couple de substitution en quelque sorte, où le plus important, c'est de gagner, de ne pas rester sur le banc de touche. Dans le monde moderne, on n'a plus le droit de perdre et l'ultime séquence, sèche et implacable, place son réalisateur parmi les beaux espoirs du cinéma français.

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