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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Acclamé aux festivals de Deauville et Sundance, Whiplash est le deuxième long-métrage de Damien Chazelle, qui fait déjà preuve d'une maitrise formelle épatante. Un montage nerveux, un bon sens du rythme et une interprétation de qualité participent à la réussite de ce film.

"Whiplash", un film de Damien Chazelle

Andrew, 19 ans, rêve de devenir l’un des meilleurs batteurs de jazz de sa génération. Mais la concurrence est rude au conservatoire de Manhattan où il s’entraîne avec acharnement. Il a pour objectif d’intégrer le fleuron des orchestres dirigé par Terence Fletcher, professeur féroce et intraitable. Lorsque celui-ci le repère enfin, Andrew se lance, sous sa direction, dans la quête de l’excellence.

 

 

Auteur d'un premier film alors qu'il était encore étudiant à Harvard (Guy and Madeline on a Park Bench, inédit en France), Damien Chazelle a su se faire remarquer avec ce nouveau projet, Whiplash, couronné à Deauville et Sundance (Grand Prix et Prix du Public dans les deux festivals) et d'inspiration autobiographique. Avant de faire du cinéma, le réalisateur a passé quatre années comme batteur dans un conservatoire de jazz où il a connu les mêmes affres que son héros, y compris "la peur du chef d'orchestre". Il ajoute : "Je voulais réaliser un film qui ressemble à un film de guerre ou de gangsters – un film dans lequel les instruments de musique remplacent les armes à feu et où l’action ne se déroule pas sur un champ de bataille, mais dans une salle de répétition ou sur une scène de concert." En effet, le film est servi par un grand sens du rythme et un montage haletant, souvent plaqué sur les baguettes du personnage principal.

 

Andrew adore le jazz et rêve d'être "un des grands". Sa rencontre avec le redoutable (et redouté) professeur Fletcher va changer sa vision de la musique. Le jazz, c'est organique, ça part du plus profond de soi, et c'est ce que le réalisateur fait ressentir à chaque plan, se souvenant de ce qui caractérise le chemin pour livrer une interprétation dense : "Les boules Quiès, les baguettes cassées, les ampoules, les coupures, le bruit du métronome, la sueur et la fatigue." Les jets de sueur et de sang maculent bientôt les baguettes et les toiles des différentes caisses et cymbales. Le face à face tendu au cordeau est incarné par deux acteurs exceptionnels : Miles Teller (repéré dans The spectacular now) est magistral et J.K. Simmons terrifiant et poussant son élève dans ses retranchements façon Full Metal Jacket, se rappelant que Charlie Parker n'est devenu "Bird" qu'en surmontant la violence des humiliations après un mauvais concert qui lui valut de recevoir une cymbale en pleine tête. A l'instar de la répétition (c'est le cas de le dire) des affrontements entre les deux protagonistes, le film joue sur l'épuisement du spectateur, reproduisant le même mouvement, au sens propre du terme, jusqu'à un final qui réserve son lot de surprises, avec un suspense haletant. On pense à des films mettant en scène un sportif et son entraîneur (Million Dollar Baby notamment) tant le bras de fer est similaire. On pourrait presque y voir un cruel ballet amoureux. Faut-il le faire souffrir pour obtenir le meilleur d'un artiste, faut-il souffrir pour accéder à l'excellence ? Le film pose la question en montrant les conséquences parfois dramatiques d'un acharnement presque inhumain.

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