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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Le réalisateur hongrois Kornel Mundruczo livre avec White God un film magistral et une métaphore inquiétante de la Hongrie d'aujourd'hui. Bouleversant, dérangeant et parfaitement mis en scène.

"White God", un film de Kornel Mundruczo

Pour favoriser les chiens de race, le gouvernement inflige à la population une lourde taxe sur les bâtards. Leurs propriétaires s’en débarrassent, les refuges sont surpeuplés. Lili, 13 ans, adore son chien Hagen, mais son père l’abandonne dans la rue. Tandis que Lili le cherche dans toute la ville, Hagen, livré à lui-même, découvre la cruauté des hommes. Il rejoint une bande de chiens errants prêts à fomenter une révolte contre les hommes. Leur vengeance sera sans pitié. Lili est la seule à pouvoir arrêter cette guerre.

 

 

Grand Prix dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2014, White God est un des films les plus forts de cette fin d'année. Loin de l'anthropomorphisme des productions Disney, Kornel Mundruczo nous entraîne dans une révolte canine d'une violence extrême. Des chiens abandonnés et maltraités vont fomenter une vengeance implacable envers les hommes responsables de leur sort. En effet, seules les races pures étant désormais autorisées, les propriétaires de bâtards sont tenus de payer une énorme taxe ou de laisser leurs chiens dans une fourrière sordide. Le film est, entre autres, une métaphore de la Hongrie d'aujourd'hui, aux mains de l'extrême-droite de Viktor Orban, liberticide et qui rappelle les pires heures de l'histoire contemporaine. Le titre s'inspire de White Dog (Dressé pour tuer pour le titre français) de Samuel Fuller, sorti en 1982, dans lequel un chien blanc était dressé pour attaquer les hommes noirs. Ici, les bâtards qui ne sont pas pris par la fourrière sont kidnappés par des gangsters qui les gavent d'hormones, les battent et les rendent agressifs pour en faire des animaux de combat, avec paris à la clef.

 

L'ouverture du film est saisissante : une jeune fille roule à vélo dans une avenue déserte de Budapest quand soudain des centaines de chiens réunis en meute débarquent derrière elle. Retour en arrière, quelques semaines plus tôt. Lili, la jeune fille de 13 ans, est sous la garde de son père pendant que sa mère et son beau-père partent en Australie. Le père n'accepte guère la présence de Hagen, le chien (bâtard) adoré de Lili. Hagen est affectueux, intelligent et sensible à la musique (Lili joue à la trompette une partie de Tannhäuser de Wagner). D'ailleurs, l'utilisation récurrente de cet opéra n'est pas anodine puisqu'il y est question de rédemption par l'amour. Dans cette Hongrie devenue totalitaire, les propriétaires de bâtards sont dénoncés et le père de Lili choisit d'abandonner Hagen, au désespoir (justifié) de la gamine. Dans la rue, le gentil Hagen découvre la violence, la faim et la cruauté des hommes. Certaines scènes de torture sont insoutenables, heureusement, aucun animal n'a été maltraité (les toutous acteurs ont même été adoptés après le tournage), il ne s'agit que de la magie du montage. A noter que les deux chiens qui capent Hagen sont remarquables d'expressivité. Le film se concentre d'ailleurs majoritairement sur les chiens, sans dialogues donc, mais avec la force d'une mise en scène magistrale. Dans sa dernière partie, haletante, les chiens se révoltent, laissant place à une vengeance intraitable. Kornel Mundruczo filme cette rage (c'est le cas de le dire) comme un flot révolutionnaire qui emporte tout sur son passage, dépassant allègrement le point de non-retour. Le suspense et la catharsis sont à leur comble et le film atteint une intensité rare. Le dernier plan, somptueux, laisse la porte ouverte à une réflexion et le soudain silence qui suit le déchaînement de violence est le plus assourdissant "entendu" au cinéma depuis longtemps. Assurément un grand film enragé.

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