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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Bennett Miller s'inspire encore d'une histoire vraie pour Foxcatcher, un drame autour de deux champions de lutte et d'un entraîneur milliardaire mégalo qui prend la forme d'une tragédie antique. Prix de la mise en scène (mérité) à Cannes 2014.

"Foxcatcher", un film de Bennett Miller

Inspiré d’une histoire vraie, Foxcatcher raconte l’histoire tragique et fascinante de la relation improbable entre un milliardaire excentrique et deux champions de lutte.

 

 

Bennett Miller s'est inspiré pour tous ses films (Truman Capote, Le stratège) de faits réels qu'il transcende pour en faire une œuvre de cinéma à part entière. Les producteurs du film ont fait découvrir au cinéaste l'histoire de John du Pont, un milliardaire passionné de sport, issu d'une grande famille ayant fait fortune dans la vente d'armes et les courses de chevaux. Cet homme complexe, sous la coupe d'une mère froide et puissante, ne s'intéresse pas aux chevaux et voue un culte aux sports, particulièrement à la lutte. Il compte bien faire de son domaine le meilleur camp d'entraînement du pays. Nous sommes dans les années 80 et John du Pont représente parfaitement le climat politique de l'époque, en pleine ère Reagan : nationaliste, jouant les dernières heures de la Guerre Froide en s'élevant comme l'ultime rempart à un modèle soviétique pourtant moribond, célébrant la grandeur de l'Amérique et de ses héros.

 

Foxcatcher ne se choisit pas réellement de personnage principal, fonctionnant sur trois protagonistes, John du Pont et deux frères champions de lutte, Dave et Mark Schultz. Tout est mis en place pour une tragédie antique. Ne parle-t-on d'ailleurs pas de lutte gréco-romaine… Des deux frères, Bennett Miller met d'abord en avant celui qui paraît le plus terne. Taiseux, influençable, Mark (Channing Tatum, enfin dans un rôle à la mesure de son talent) vit dans l'ombre d'un frère aîné qui l'entraîne et dont il ne parvient pas à s'affranchir. Il sera pourtant le premier à rejoindre "l'écurie" du Pont, fasciné par cette émancipation nouvelle et la personnalité hors norme de son mentor. La relation entre ces deux hommes que tout oppose se noue petit à petit et devient aussi complexe qu'ambigu. Comment ne pas voir le trouble dans le regard de John du Pont quand il débarque en pleine nuit dans le chalet de Mark pour solliciter un entraînement ? Et la séquence de lutte entre les deux hommes est toute en retenue, en énergie sexuelle contenue, alors que la mise en scène ne cède jamais à une "homo-érotisation" qui serait un peu facile. Steve Carell (méconnaissable, prétendant sérieux à l'Oscar) incarne ce mégalo qui fait répéter à son poulain dans une séquence d'hélicoptère hallucinante un discours à sa gloire qu'il a lui-même écrit et qui le présente comme un "ornithologue, philatéliste, philanthrope et patriote". L'arrivée de Dave va remettre en jeu cette "amitié" aussi soudaine qu'exclusive et faire basculer l'histoire dans la tragédie.

 

Bennett Miller, grâce à une mise en scène d'une maîtrise et d'une ampleur époustouflantes, révèle subtilement les failles dans le système John du Pont. Cet homme, qui fait tourner des vidéos promotionnelles (ou plutôt de propagande) dans son domaine, rêve de grandeur mais doit bien s'avouer en infériorité quand il s'agit d'entraîner des sportifs. A la toute-puissance de son statut de milliardaire-bienfaiteur s'oppose son incompétence (son impuissance, donc) à diriger les athlètes, notamment dans une scène cruelle sous les yeux de sa mère à qui il voudrait tant prouver qu'il est "capable". Pris dans un délire paranoïaque, sa personnalité chavire et il brûle les saints (les frères Schultz) qu'il a vénérés. Foxcatcher impose son rythme et son implacable scénario avec une élégance et une puissance cinématographique qui en font un des grands films de l'hiver.

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