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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Les documentaristes Claudine Bories et Patrice Chagnard ont suivi de jeunes dans un cabinet de placement. Les règles du jeu est un film passionnant, qui traite un sujet sérieux avec un mélange de gravité et d'humour désarmant.

"Les règles du jeu', un film de Claudine Bories et Patrice Chagnard

Lolita n’aime pas sourire. Kevin ne sait pas se vendre. Hamid n’aime pas les chefs. Thierry parle wesh. Ils ont vingt ans. Ils sont sans diplôme. Ils cherchent du travail. Pendant six mois, les coachs d’un cabinet de placement vont leur enseigner le comportement et le langage qu’il faut avoir aujourd’hui pour décrocher un emploi. A travers cet apprentissage, le film révèle l’absurdité de ces nouvelles règles du jeu.

 

 

Après avoir filmé un centre pour demandeurs d'asile (Les arrivants, 2009) Claudine Bories et Patrice Chagnard ont posé leur caméra au sein des bureaux de la société Ingeus près de Roubaix, dans le Nord. Ingeus est une entreprise privée qui s'occupe d'insertion professionnelle (un Pôle Emploi simplifié et privé en quelque sorte) et verse à de jeunes demandeurs d'emploi 300€ par mois pendant six mois tout en les accompagnant dans leur recherche d'emploi, sous réserve que ces jeunes ne soumettent aux dates et horaires des entretiens et participent activement. Le film suit le parcours de quatre jeunes : Lolita (19 ans), Hamid (18 ans), Thierry (20 ans) et Kevin (21 ans). Les quatre ont quitté très tôt le système scolaire et recherchent donc un poste sans qualification, que ce soit dans la vente, le BTP ou la cuisine. Ils ont aussi en commun de ne pas connaître (et parfois de ne pas admettre) le monde du travail et ses codes souvent absurdes. Leurs tenues et leur façon de parler ne les aident mais les conseillers vont peu à peu les diriger et les aider à optimiser leurs chances de séduire un employeur.

 

Au fil d'entretiens chapitrés avec humour, le film dessine une galerie de portraits attachants mais surtout un mécanisme pervers mis en place par le monde néolibéral. On demande à ces jeunes d'être "polyvalents" (comprendre : prêts à faire n'importe quelle tâche, payés au SMIC et en CDD toujours) et ne se plier à des codes un peu stériles. Un jeune fille qui veut travailler en cuisine collective doit apprendre à bien s'exprimer, à bien se tenir, tandis que Kevin, qui bosse au noir dans le BTP, ne doit pas porter de baskets (rédhibitoire) s'il compte travailler légalement un jour. Sans être didactique, les documentaristes montrent avec humour l'absurdité de ces conventions ainsi que les efforts (pas toujours spontanés) de ces jeunes pour "progresser". Aujourd'hui, le plus important est donc de savoir "se vendre". Et quand une conseillère admet qu'il ne faut pas toujours dire la vérité lors d'un entretien d'embauche, notamment sur ses qualités et défauts, ces jeunes ne comprennent pas "les règles du jeu", insensées à leurs yeux. On se demande alors, devant ce film salutaire, qui est dans la vérité des choses…

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