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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Jean-Paul Civeyrac adapte Doris Lessing avec Mon amie Victoria, son nouveau long-métrage, entre chronique sociale et mélodrame. Un film sensible aux accents truffaldiens.

"Mon amie Victoria", un film de Jean-Paul Civeyrac

Victoria, fillette noire de milieu modeste, n'a jamais oublié la nuit passée dans une famille bourgeoise, à Paris, chez le petit Thomas. Des années plus tard, elle croise de nouveau celui-ci. De leur brève aventure naît Marie. Mais Victoria attend sept ans avant de révéler l¹existence de l¹enfant à Thomas et à sa famille. Sous le charme de la petite fille, ils lui proposent alors de l'accueillir régulièrement. Peu à peu, Victoria mesure les conséquences de cette générosité.

 

 

Cinéaste discret, Jean-Paul Civeyrac adapte le roman Victoria et les Staveney du Prix Nobel de littérature Doris Lessing. Mon amie Victoria déroule l'histoire d'une jeune fille noire sur un peu plus de vingt ans, de son enfance pauvre auprès d'une tante malade à sa vie de femme qui croisera le destin d'une famille bourgeoise. Une nuit de l'enfance de Victoria va changer sa vie : elle dort dans l'appartement cossu d'un camarade de classe et connaît une sorte d'épiphanie en tombant sous le charme du grand frère. A l'opposé de son quotidien précaire, la fillette découvre un univers qui lui est inconnu : un appartement immense dans un immeuble haussmannien, un jeune homme bienveillant et attentionné qu'elle voit comme un demi-dieu et une chambre douillette pour elle toute seule. Des années plus tard, la vie unira définitivement son destin à cette famille que le réalisateur charge en clichés avec une douce ironie : parents comédiens de théâtre, de gauche, avec une "sensibilité" humanitaire jusqu'au ridicule (la mère râle parce que son fils n'a que des amis blancs).

 

Le film choisit une voie très littéraire en utilisant pendant 90 minutes la voix off comme guide, nous révélant les sentiments les plus intimes de l'héroïne. C'est une piste qui évoque le cinéma de Truffaut, avec ce sens du romanesque et du décalage (c'est la voix de la meilleure amie qui nous guide). Le drame de Victoria, au-delà des contingences matérielles, est qu'elle se sentira toujours étrangère, elle qui n'a jamais mis les pieds dans un autre pays que le sien, la France. Etrangère à sa vie, étrangère à sa famille d'adoption qui, avec générosité, s'occupera de l'enfant pendant les vacances et le temps libre, mais finira par isoler encore plus Victoria et son autre enfant, socialement "incompatibles". Jean-Paul Civeyrac soigne sa mise en scène et se montre particulièrement délicat dans l'étude des sentiments. On regrette parfois que tout cela reste pure forme, pure littérature, sans véritable incarnation.

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