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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Larry Clark réalise son premier film à Paris et en langue française avec The smell of us, variation sur son thème de prédilection, la jeunesse paumée. Un grand film à l'énergie rock et à la sensualité trash qui oscille entre romantisme et provocation.

"The smell of us", un film de Larry Clark

Paris, Le Trocadéro. Math, Marie, Pacman, JP, Guillaume et Toff se retrouvent tous les jours au Dôme, derrière le Palais de Tokyo. C’est là où ils font du skate, s’amusent et se défoncent, à deux pas du monde confiné des arts qu’ils côtoient sans connaître. Certains sont inséparables, liés par des vies de famille compliquées. Ils vivent l'instant, c’est l’attrait de l’argent facile, la drague anonyme sur Internet, les soirées trash "youth, sex, drugs & rock’n’roll". Toff, filme tout et tout le temps…

 

 

Depuis ses photographies dans les années 70 et son premier film (Kids en 1995), Larry Clark n'a cessé de s'intéresser à la jeunesse, à sa folie, à sa fougue, à sa violence, à son désespoir aussi parfois. De Bully à Wassup Rockers en passant par le choc Ken Park, le cinéaste américain filme les corps au plus près, dans le déluge de fantasmes et de cauchemars d'une jeunesse souvent dorée (pas systématiquement) et toujours perdue et pervertie à cause du monde des adultes. Dans l'imaginaire de Larry Clark, on pourrait dire que dès qu'on a passé l'âge de 20 ans, dès que l'on n'est plus un adolescent, on est forcément perverti et quelque peu corrompu, jusque dans sa chair. Avec The smell of us et son tournage chaotique (grève des acteurs, défection d'une partie de l'équipe), Clark se met en danger et à nu, peut-être plus que d'habitude. Face à la beauté des corps jeunes qui le fascinent, il se met en scène en tant que clochard-épave (nommé Rockstar) imbibé de vin, pissant sur lui et au-dessus de qui les skaters sautent avec leurs planches, mais aussi comme client d'un jeune escort à qui il lèche les pieds de manière répugnante On peut aussi imaginer qu'il se cache derrière le personnage du jeune Toff, qui filme tout, partout, sans relâche, avec son smartphone. En réalité, Larry Clark met surtout en scène son propre vieillissement, son corps affaissé qui fait contraste à celui de la jeunesse, encore innocente et pure, à ces corps qu'il vient filmer au plus près dans une poésie rock'n'roll.

 

Cette jeunesse parisienne n'est évidemment pas représentative, Larry Clark ne se fait pas sociologue. Elle est un fantasme, mais aussi une réalité dans un milieu bourgeois. Prostitution, racket, drogue, sexe trash… cette adolescence se frotte à tous les dangers, toutes les transgressions. Dans une scène de clubbing à la beauté inouïe, le cinéaste met en avant le personnage (qui deviendra central) de Math, incarné par Lucas Ionesco (fils d'Eva et petit-fils d'Irina), dans une sorte de transe alors que tout le monde s'éclate sur de la musique électro. La trame sonore passe d'ailleurs de cette musique de club à la folk de Bob Dylan, basculant d'un point d'écoute à l'autre, alors qu'un homme mûr (encore un double de Larry Clark ?) s'approche et renifle tous les recoins de ce corps de statue grecque. The smell of us, cette odeur que Math cherche à masquer, celle de ses clients, à qui il s'offre pour des raisons un peu obscures (il n'y a pas que l'argent, dont il ne manque d'ailleurs pas) mais certainement pour dépasser ses limites. Il y a aussi JP (Hugo Béhar Thinières, intense), secrètement amoureux de Math, Marie (Diane Rouxel) qui passe de mec en mec, Pacman, Minh et les autres. En opposition avec la jeunesse pure mais perdue, la réalisateur filme les adultes, les parents, forcément coupables, cette bourgeoisie qui a délaissé sa progéniture et l'a laissé se corrompre. Dans une séquence surréaliste, Dominique Frot incarne une mère au fantasme incestueux, comme une épave rongée par l'ennui ("il ne se passe rien !"). The smell of us rassemble toutes les obsessions de Larry Clark qui les sublime et livre là un de ses films les plus intenses.

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