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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Clint Eastwood crée la polémique avec son nouveau film, American sniper, adapté de l'autobiographie d'un ancien militaire engagé en Irak. Un film à la maîtrise certaine mais au discours vraiment douteux.

"American sniper", un film de Clint Eastwood

Tireur d'élite des Navy SEAL, Chris Kyle est envoyé en Irak dans un seul but : protéger ses camarades. Sa précision chirurgicale sauve d'innombrables vies humaines sur le champ de bataille et, tandis que les récits de ses exploits se multiplient, il décroche le surnom de "La Légende". Cependant, sa réputation se propage au-delà des lignes ennemies, si bien que sa tête est mise à prix et qu'il devient une cible privilégiée des insurgés. Malgré le danger, et l'angoisse dans laquelle vit sa famille, Chris participe à quatre batailles décisives parmi les plus terribles de la guerre en Irak, s'imposant ainsi comme l'incarnation vivante de la devise des SEAL : "Pas de quartier !" Mais en rentrant au pays, Chris prend conscience qu'il ne parvient pas à retrouver une vie normale.

 

 

Clint Eastwood, 84 ans, signe là sa 34ème réalisation, avec une régularité de métronome (environ un film par an depuis la fin des années 80). Depuis le chef-d'œuvre Gran Torino (lire l'article du  1 mars 2009), le cinéaste signait des films classieux mais un peu en demi-teinte (Jersey Boys, Au-delà). Avec American sniper, il revient aux fondamentaux : la lutte entre le bien et le mal, l'Amérique toute puissante et un patriotisme qui s'apparente souvent à un nationalisme borné. Dirty Harry est de retour ! Le film est l'adaptation de l'autobiographie de Chris Kyle, le tueur d'élite "le plus redoutable" (c'est l'affiche qui le clame) de l'histoire de l'armée américaine (plus de 200 morts au bout de son viseur pendant la guerre en Irak). Clint Eastwood met en scène (avec talent, certes) le parcours du militaire sans aucune distance critique. Eriger en mythe un homme dont la gloire consiste à avoir dégommé des civils, sans aucun recul sur le bien-fondé ou non de chaque exécution, laisse dans la bouche un goût amer.

 

Les premières minutes d'American sniper sont saisissantes. Le jeune texan a dans le viseur une femme et son fils portant un grenade qu'ils sont prêts à la lancer sur les militaires en intervention dans le village. Au moment où le doigt s'apprête à presser la détente, au moment où Chris Kyle va faire ses premières victimes, cut et raccord sonore : le jeune Chris, dans les années 80, abat son premier gibier dans une partie de chasse avec son père. On apprend donc que l'éducation fut le pur produit "Redneck" et valeurs conservatrices. Le chef de famille terrorise son clan et inculque à ses fils que "dans la vie, il y a trois types de personnes : les agneaux, les loups et les chiens de berger", poussant ses rejetons à être de la troisième catégorie. Ainsi, quand il découvrira les tours jumelles attaquées le 11 septembre 2001, Chris Kyle s'engagera illico presto dans l'armée pour défendre son pays, "le plus merveilleux pays au monde".

 

Le problème du film apparaît assez rapidement. Clint Eastwood n'oppose aucune distance à cette idéologie. L'Amérique est dans le camp du bien et les musulmans (oui, le film a si peu de nuances) sont les ennemis, fourbes et traitres, même quand les G.I. leur apportent leur soutien. Dans les villages, les Irakiens sont systématiquement montrés comme des sauvages, des Ben Laden en puissance et jamais le film n'évoque les mensonges de George W. Bush, l'intrigue est unilatéralement du côté de l'armée. Les scandales et les doutes des militaires américains eux-mêmes n'existent pas dans le monde d'American sniper. Quant au rôle de la femme de Chris Kyle (pauvre Sienna Miller, qui ne sait comment l'interpréter), il est réduit à un torrent de larmes, à la naissance des enfants et à des reproches incessants (ces bonnes femmes, quelles emmerdeuses) sur la mode de vie du sniper. Clint Eastwood, que l'on a connu complexe et bouleversant, se roule dans un nationalisme bas du front qui glorifie un homme qui n'a jamais douté de la nécessité de chacun de ses tirs. Bien sûr, certains ont sauvé des vies, bien sûr, la guerre fait des morts injustes, bien sûr tous les snipers ne sont pas des machines à tuer sans réfléchir, mais le film est si peu nuancé que l'on finit par trouver cette hagiographie vraiment insupportable.

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thatfragginfred 20/02/2015 14:29

Hello, je ne suis pas très d'accord avec ton propos :-)
1 - La devise des SEAL n'a jamais été "Pas de quartier".
2 - Dirty Harry n'a jamais été un héros nationaliste mais bien au contraire un anti-héros anti-système.
3 - Le film n'est pas politique ni manichéen, il donne juste la perspective d'un gars qui est dans un un camp (normal puisque tiré de son autobiographie). Le propos n'a jamais été un film historique sur la guerre d'Irak

Hugo Brown 20/02/2015 15:21

C'est la richesse du cinéma, de ne pas être d'accord ;)
Néanmoins, je trouve que le film est justement assez politique dans le sens où il caricature complètement le conflit (irakien, car il s'agit bien de celui qui est présenté). Et encore, Clint Eastwood aurait expurgé le personnage de C.Kyle de son côté trop "nationaliste"... Mais je reconnais le talent de mise en scène de ce vieux Clint, que j'aime bien quand même !

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