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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Alejandro Gonzalez Inarritu connaît la consécration avec Birdman (ou la surprenante vertu de l'innocence), meilleur film et meilleur réalisateur aux Oscars 2015. Une satire acide du monde du spectacle et une mise en scène vertigineuse, toute en plans-séquences.

"Birdman", un film de Alejandro González Iñárritu

A l’époque où il incarnait un célèbre super-héros, Riggan Thomson était mondialement connu. Mais de cette célébrité il ne reste plus grand-chose, et il tente aujourd’hui de monter une pièce de théâtre à Broadway dans l’espoir de renouer avec sa gloire perdue. Durant les quelques jours qui précèdent la première, il va devoir tout affronter : sa famille et ses proches, son passé, ses rêves et son ego… S’il s’en sort, le rideau a une chance de s’ouvrir...

 

 

Roi des intrigues à tiroirs des années 2000 (Amours chiennes, 21 grammes, Babel), Alejandro Gonzalez Inarritu change son fusil d'épaule avec Birdman, véritable défi technique puisqu'entièrement tourné en plans-séquences avec l'illusion (numérique) qu'il ne s'agit que d'un seul et même plan de deux heures. Comme Hitchcock (La corde) en son temps, avec les contraintes du 35 mm, Inarritu s'amuse à recréer l'illusion d'un film qui se déroule d'une seule… bobine. C'est le (génial) chef opérateur Emmanuel Lubezki qui est aux commandes de ce projet pharaonique. On a aimé son travail pour Terrence Malick (notamment la Palme d'or The tree of life) et pour la totalité des films de son compatriote Alfonso Cuaron, à commencer par le chef-d'œuvre SF Gravity (oscarisé un an avant Birdman). Cette expérience de plan-séquence à l'infini est étourdissante de virtuosité, permet de suivre l'évolution mentale du héros "en temps réel" mais ne saurait être le seul intérêt du film.

 

L'ironie d'Inarritu sur le show-business est telle qu'il a choisi Michael Keaton pour incarner son personnage principal, cet acteur has been, star d'une saga de super-héros ("Birdman") et qui tente, pour sortir de sa traversée du désert, un retour de la dernière chance à Broadway, adaptant un roman de Raymond Carver, à mille lieux donc du strass hollywoodien. En effet, Keaton a été Batman pour Tim Burton en 1989 et 1992 avant de refuser le troisième volet (il est remplacé par Val Kilmer), ce qui lui vaudra certainement un (très long) passage à vide jusqu'en 2014, à l'exception de Jackie Brown de Tarantino (1998). L'acteur aujourd'hui sexagénaire renaît donc de ses cendres dans ce film flamboyant.

 

Le film est une réflexion acerbe sur le monde du théâtre et de l'industrie cinématographique. Star déchue, Riggan Thompson (Keaton) ne rêve que d'une sorte de rédemption par la scène, d'un succès dans cette adaptation de Raymond Carver qu'il joue et met en scène, aux côtés de caricatures du showbiz : l'actrice (un peu) populaire qui rêve de respectabilité (Noami Watts), l'acteur de théâtre imbu de lui-même, ivre de s'écouter parler et vaniteux à en crever (Edward Norton), la fille de star en sortie de désintox (Emma Stone, excellente), la critique intello et aigrie qui fait la loi à New York sans voir toutes les pièces qu'elle "assassine" (Lindsay Duncan, formidable dans une courte apparition)… En fait, "respectable" ou non, Inarritu se moque de la célébrité : "j'avais envie d’explorer la question de l’ego et l’idée que le succès, qu’il s’agisse d’une réussite financière ou de célébrité, est toujours une illusion" souligne-t-il. Le personnage de Michael Keaton est hanté par la voix de son double Birdman qui lui dicte de laisser tomber cette quête vaine de reconnaissance intellectuelle et l'encourage à reprendre du service dans des blockbusters sans âme. Il s'agit bien sûr d'un dilemme intérieur, des doutes de l'acteur, dévoré par son désir de reconnaissance et son immense narcissisme (les deux piliers fondateurs d'une carrière d'acteur). Le film est cruel, implacable, drôle et tellement ludique qu'il s'agit, en dépit de quelques facilités, d'un pur plaisir de cinéma.

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