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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Romain Goupil livre son autoportrait de cinéaste dans Les jours venus…, une comédie loufoque, à la fois très drôle et très touchante. Un film qui brille par son autodérision et sa grande qualité d'écriture.

"Les jours venus...", un film de Romain Goupil

Le jour venu où vos enfants regardent votre passé comme si vous aviez fait Verdun. Le jour venu où une lettre administrative interroge votre âge et votre statut et vous pousse vers la retraite. Le jour venu où votre dernière idée de scénario ne se transforme pas en film. Le jour venu où votre nouvelle banquière vous convoque impérativement. Le jour venu où vous vous souvenez de votre rencontre avec Elle pendant la guerre à Sarajevo. Le jour venu où vous commencez toutes vos phrases par « avant ». Le jour venu où tout votre temps se décompte, les enfants grandissent, vos parents faiblissent. Le jour venu où vous rencontrez une jeune femme qui aime les vieux : les vieux mariés.

 

 

Depuis son documentaire culte Mourir à trente ans en 1982, Romain Goupil poursuit une carrière de cinéaste atypique. Fils d'un chef opérateur (Pierre Goupil), Romain Goupil devient militant dès son adolescence et s'illustre en 1968 lors de la mobilisation étudiante dont il est un des représentants les plus connus aujourd'hui avec son ami Daniel Cohn-Bendit. Le jeune homme est dans les années 70 assistant des cinéastes comme Robert Ménégoz (le mari de Margaret Ménégoz, directrice des Films du Losange, qui distribue le film), Chantal Akerman, Roman Polanski ou Jean-Luc Godard. Aujourd'hui sexagénaire (il est né en 1951), il fait le bilan d'une vie de cinéaste marquée par les combats politiques, le trotskisme et l'amour.

 

Romain Goupil joue son propre rôle, comme tous les membres de sa famille, et se retrouve confronté aux "jours venus" où il faut rassembler ses papiers pour la retraite, où ses enfants ont l'âge qu'il avait quand il a commencé à militer, où il songe à contracter une convention obsèques… Loin de tomber dans l'autosatisfaction, Goupil rivalise d'autodérision et se moque de lui-même en permanence. Le film n'intègre presque que des anecdotes réelles, comme un projet de film tombé à l'eau à cause du refus de son interprète rêvé ("La défaite dépasse toutes nos espérances", un film-catastrophe sur le rôle du cinéaste) ou la rencontre avec Sanda, sa femme, bosniaque, à Sarajevo, en plein conflit en 1992, qui joue elle aussi son rôle avec leurs enfants et une belle-mère nostalgique de Tito ("vous avez de la chance, les enfants, vous avez une grand-mère communiste !").

 

Le film est d'abord découpé en chapitres ("l'argent", "le monde", "elle", "la mort", "le monde") avec des cartons façon Godard et intègre de nombreuses images tirées de ses archives personnelles lors de visites familiales à Sarajevo ou de vacances en Bretagne. Car c'est en Bretagne que les parents Goupil (militants "gauchistes" eux aussi) se sont installés après que le père a décidé de plaquer le cinéma pour mener une vie champêtre. Les scènes avec ses parents sont hilarantes, notamment quand ils engueulent Romain ("on ne t'a pas élevé comme ça !") qui désespèrent de voir son fils dernier de la classe. Les enfants du cinéaste, eux, l'interrogent sur son militantisme et le mettent face à ses contradictions, relevant l'éternel débat sur l'héritage de 68 ("un pays dirigé que par des vieux, c'est la Suisse, et que par des jeunes, c'est l'enfer" ironise-t-il alors qu'il doit expliquer pourquoi il ne croit plus en la révolte violente). Des acteurs professionnels incarnent une banquière ou la productrice (Valéria Bruni Tedeschi et Noémie Lvovsky, géniales) et permettent à Goupil des dialogues en forme de réflexion sur la Syrie ou les Vélib ("réussite de l'idéal communiste"). Dans ce film personnel, drôle et émouvant, Romain Goupil réunit ses amis pour filmer son propre enterrement, dans une séquence de film dans le film à la Lelouch, histoire de livrer un drôle de film-testament dont on espère qu'il n'annonce pas la retraite définitive de son auteur.

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