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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Quentin Dupieux livre son cinquième long-métrage, Réalité, très attendu par son public, avec Alain Chabat en vedette. Un film passionnant sur le cinéma qui voit sous son humour absurde une angoisse sourdre.

"Réalité", un film de Quentin Dupieux

Jason Tantra, un cameraman placide, rêve de réaliser son premier film d'horreur. Bob Marshall, un riche producteur, accepte de financer son film à une seule condition : Jason a 48 heures pour trouver le meilleur gémissement de l'histoire du cinéma…

 

 

Depuis près de vingt ans, Quentin Dupieux est un artiste aux multiples facettes, réalisateur, vidéaste, scénariste et star de la musique électronique sous le pseudo de Mr Oizo. Son cinquième long-métrage (après les géniaux Steak, Rubber, Wrong et Wrong Cops) s'appelle Réalité et explore un rapport complexe, hilarant et angoissant entre rêve, cauchemar et réalité, justement, rappelant parfois l'univers de David Lynch (déjà une VHS dans Lost Highway), l'humour mordant en plus. Un cadreur pour la télé (Jason / Alain Chabat) rêve de réaliser un film d'horreur dans lequel les téléviseurs tuent les gens. Son producteur (Jonathan Lambert, génial) produit la fiction étrange d'un ancien documentariste qui veut filmer l'endormissement d'une petite fille, petite fille (nommée Reality) qui veut absolument savoir ce qu'il y a sur la VHS qu'elle a vue dans les entrailles du sanglier tué par son père. Et il y a aussi le directeur d'école qui se déguise en femme, à moins que ce ne soit un rêve… Tous ces personnages s'entremêlent d'abord selon une logique scénaristique puis dans un maelstrom de va-et-vient entre rêve et réalité, à tel point qu'ils deviennent indémêlables.

 

Ce nouveau film de Dupieux démarre de manière assez "habituelle" : des personnages stéréotypés, ancrés dans leur quotidien et agissant de manière totalement normale dans un environnement qui multiplie les détails absurdes. Encore une fois, on n'est pas loin de Lynch et Bunuel. A partir d'un twist implacable (la scène du cinéma, pour ne pas en dire trop), tout se dérègle dans l'univers de Jason Tantra (Alain Chabat, lunaire et délicieusement spectateur placide des événements) qui se retrouve bloqué dans un cauchemar. Le scénario et le montage sont si bien ficelés qu'il est bientôt difficile de dire ce qui est de la réalité et ce qui est du rêve, mais même le réalisateur ne cherche pas à le savoir. Nous sommes à l'opposé du cinéma explicatif : pas de logique classique, à l'image de ce presque dogme du "No Reason" exposé dans Rubber. Drôle, le film n'en est pas moins inquiétant, évoluant dans un monde où les hommes, finalement, ne s'avèrent être que des robots mus par des obsessions personnelles (une VHS, un film à réaliser, à produire, une tenue de femme à cacher…) qui les isolent toujours un peu plus des contingences extérieures. Contrairement à son habitude, Quentin Dupieux ne compose pas la BO mais utilise (astucieusement) les premières minutes d'une pièce maîtresse -durant plus d'une heure- de l'œuvre de l'immense Philip Glass (Music with changing parts). Cette boucle ajoute à l'empilement des niveaux de perception, des niveaux de cauchemar dans le cauchemar, des niveaux de mise en abyme dans l'absurde. Un absolu plaisir de cinéma.

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