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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Remarqué au Festival de Cannes 2014, Snow Therapy est un jeu de massacre réalisé par Ruben Östlund. Une comédie à l'humour très féroce, entre Haneke et Festen, qui dynamite les codes de la nouvelle bourgeoisie.

"Snow Therapy", un film de Ruben Östlund

Une famille suédoise passe ensemble quelques précieux jours de vacances dans une station de sports d’hiver des Alpes françaises. Le soleil brille et les pistes sont magnifiques mais lors d’un déjeuner dans un restaurant de montagne, une avalanche vient tout bouleverser. Les clients du restaurant sont pris de panique, Ebba, la mère, appelle son mari Tomas à l’aide tout en essayant de protéger leurs enfants, alors que Tomas, lui, a pris la fuite ne pensant qu’à sauver sa peau… Mais le désastre annoncé ne se produit pas, l’avalanche s’est arrêtée juste avant le restaurant, et la réalité reprend son cours au milieu des rires nerveux.

 

 

Présenté dans la section Un Certain Regard lors de l'édition 2014 du Festival de Cannes, Snow Therapy, écrit et réalisé par le suédois Ruben Östlund, est reparti avec le Prix du Jury de cette sélection. Le film rappelle, par la mise en place de son intrigue, les dispositifs que l'on retrouve chez Michael Haneke (première période), ses nombreux émules, ainsi que l'école Vinterberg / Von Trier. Une famille de bourgeois, que l'on nous présente en ouverture sur une photo de famille bien proprette, part quelques jours dans une station de ski des Alpes françaises, pour se retrouver parce que le père/mari "travaille trop". Mais à la faveur d'une avalanche mal contrôlée, l'harmonie de façade explose et le malaise ne répand plus violemment qu'une coulée de neige, avec des répercussions profondes. La grande différence avec le modèle Haneke est l'humour, certes très noir, qui rythme le film, aussi bien que le mouvement final de L'été des Quatre Saisons de Vivaldi qui revient comme une menace.

 

La lâcheté d'un homme, au cœur du film, va servir de catalyseur à l'expression d'un profond malaise au plus intime d'une famille apparemment "parfaite" (un couple harmonie, deux beaux enfants, de l'argent, de la complicité) mais qui, à l'image de la société moderne, contient en son sein toute la violence d'une accumulation de peurs et de frustrations. Construit en cinq journées, avec les mêmes actions répétées mais en permanente évolution (brossage de dents, notamment), le film prend un tournant dès le deuxième soir avec la révélation malaisante lors d'un repas avec d'autres touristes rencontrés sur place de l'attitude du mari. L'épouse assènera un nouveau coup auprès d'amis suédois venus les rejoindre, un couple d'amis que cette accusation va ébranler, les renvoyant à leurs propres lâchetés. Loin de reconnaître sa faute, le père de famille s'enfonce dans le déni et le poison pénètre plus profond à chaque réplique, à chaque regard. Si le cinéaste est souvent un peu prisonnier de son "concept" de jeu de massacre, la mise en scène est impressionnante, en plans fixes intelligemment cadrés et avec une science du rythme qui force l'admiration, en dépit de quelques (petites) longueurs vers la fin.

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