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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Thomas Salvador revisite avec son premier long-métrage, Vincent n'a pas d'écailles, le mythe du super-héros. Une comédie burlesque originale.

"Vincent n'a pas d'écailles", un film de Thomas Salvador

Vincent a un pouvoir extraordinaire : sa force et ses réflexes décuplent au contact de l’eau. Pour vivre pleinement ce don, il s’installe dans une région riche en lacs et rivières, et suffisamment isolée pour préserver sa tranquillité. Lors d’une escapade aquatique, il est surpris par Lucie dont il tombe amoureux.

 

 

Après une poignée de courts-métrages, Thomas Salvador plonge (c'est le cas de le dire) dans le grand bain, celui du long-métrage. Fan de comics, le réalisateur se crée un personnage (il l'incarne lui-même) qui possède un pouvoir très particulier : au contact de l'eau, il acquiert une force herculéenne et nage aussi vite qu'un dauphin. Le film reprend de nombreux codes du super-héros (premiers effets comiques du don, rencontre amoureuse, assimilation de sa force, mise en danger, fuite, renaissance) mais se refuse à toute explication (on ne saura rien de son passé), préférant être dans le présent d'un homme modeste qui ne veut rien faire de ce don, ne se sent pas l'âme d'un sauveur. "Il ne considère pas ses aptitudes extraordinaires comme un pouvoir, et n’envisage pas qu’elles lui aient été « données » dans un dessein précis (…) et ne se sent investi d’aucune mission" précise le cinéaste.

 

A l'opposé des blockbusters hollywoodiens (dont il n'a de toute façon pas le budget), Thomas Salvador utilise des effets spéciaux mécaniques (le seul recours au numérique est pour effacer les câbles et trampolines) et une économie de moyen toute française. On frôle parfois la posture et le dédain du grand spectacle, mais le film a assez de poésie pour tenir la route. Entre Buster Keaton et Jacques Tati, il développe un goût du burlesque et offre un travail intéressant sur le corps de l'acteur, notamment lors de "la caresse la plus longue du monde" opérée par sa partenaire (géniale) Vimala Pons. Si la première moitié du film privilégie les plans longs et une mise en scène épurée, sans dialogues ou presque, dans un rapport passionnant à l'animalité, la seconde partie est axée sur une longue course-poursuite (un peu improbable dans son ampleur au vu de ce qui lui est reproché -séquence de la "bétonnière" très drôle par ailleurs). Cette tentative d'échapper aux gendarmes est plus nerveuse, plus découpée et c'est là que le film atteint sa limite, répétant son idée de départ ad libitum. On peut voir, néanmoins, dans cette fuite un parallèle avec la situation des clandestins obligés de recourir à tous les stratagèmes pour échapper aux forces de l'ordre jusqu'à un dénouement aussi inattendu que fidèle aux lieux communs du film de super-héros. Le charme de Vincent n'a pas d'écailles opère en dépit d'un sentiment de quelque chose d'un peu artificiel, mais Thomas Salvador montre qu'il a un ton singulier, une voix nouvelle dans le cinéma français.

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