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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Aline Dalbis et Emmanuel Gras signent un documentaire passionnant, 300 hommes, dans un centre d'accueil pour sans-abris. Un témoignage sobre et intense.

"300 hommes", un film de Aline Dalbis et Emmanuel Gras

Entre ces murs, il y a trois cents hommes, il y a l'urgence. Ils ont des noms mais ils ont perdu leur histoire en route. Ils rient et se confrontent, ils refont le monde, celui qu'ils ont perdu. Ils ont un lit.  Là ils attendront le jour. C'est Forbin, la nuit à Marseille.

 

 

Les documentaristes Aline Dalbis et Emmanuel Gras ont allié leurs talents et posé leur caméra durant de longs mois dans le centre d'accueil de nuit Saint Jean de Dieu, à Marseille, pour suivre le quotidien de "300 hommes" (comme le nombre de lits) qui dorment là chaque soir de l'hiver. La réalisatrice est à l'origine du projet, né de sa lecture des Naufragés de Paris de Patrick Declerck. Ingénieur du son de formation, elle s'est adjoint, pour le cadre, les services d'Emmanuel Gras dont le précédent long (Bovines - lire l'article du 5 mars 2012) était une éclatante réussite. Dans ce centre pour sans-abris, le film dépeint la galère de ces 300 hommes qui espèrent chaque soir trouver de la chaleur entre ses murs que nous ne quittons pas pendant 1h25. Il faut arriver tôt (le nombre de lits est strictement limité) et s'adapter aux règles du frère Didier, humain mais sévère (pas d'alcool, pas de bagarres, horaires stricts).

 

Les réalisateurs ont choisi un centre qui fonctionne bien pour ne pas dénoncer les erreurs de jugement de l'administration et montrer la réalité de ces vies qui oscillent entre désespoir, résignation, camaraderie et tensions, notamment dues à l'alcool, problème majeur chez les sans-abris, que le film n'élude pas, avec l'exemple de Houcine, alcoolique qui ne trouve pas la volonté d'arrêter la consommation de ce poison qui l'extrait de la dure réalité. Plus qu'une vie, c'est d'une "survie" dont il s'agit ici et le tandem de cinéastes montrent ce qu'ils observent sans commentaires ni voix off, un pu dans l'esprit du très beau film de Claus Drexel, Au bord du monde, sorti un an plus tôt (lire l'article du 24 janvier 2014). Chacun s'organise à sa manière pour garder un peu de dignité : l'un fait son lit au carré, l'autre fait des projets d'avenir auxquels il ne croit pourtant plus, un autre se réfugie dans la lecture, certains sombrent dans la psychose. Ces 300 hommes et le regard pudique et bienveillant porté sur font de ce film un témoignage essentiel.

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