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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

A 27 ans, Martti Helde signe son premier long-métrage, Crosswind - la croisée des vents. Un film à la mise en scène radicale et qui porte un message fort. Légèrement poseur mais absolument maîtrisé.

"Crosswind - la croisée des vents", un film de Martti Helde

Le 14 juin 1941, les familles estoniennes sont chassées de leurs foyers, sur ordre de Staline. Erna, une jeune mère de famille, est envoyée en Sibérie avec sa petite fille, loin de son mari. Durant 15 ans, elle lui écrira pour lui raconter la peur, la faim, la solitude, sans jamais perdre l’espoir de le retrouver. "Crosswind" met en scène ses lettres d’une façon inédite.

 

 

La sortie française d'un film estonien est assez rare pour être remarquée, et d'autant plus quand il s'agit d'un premier film. Martti Helde, 27 ans, fait déjà preuve de la maîtrise formelle des plus grands. Pour son premier long, ce passionné d'histoire a tenu à rendre hommage aux victimes d'un épisode méconnu du XXème siècle, la déportation de dizaines de milliers d'Estoniens sur ordre de Staline pendant le Seconde Guerre Mondiale. Le jeune cinéaste s'est beaucoup documenté avant la réalisation laborieuse de ce premier film (trois années de tournage avec peu de moyens) pour offrir un témoignage fort inspiré par les lettres d'une femme déportée à son mari déporté dans un autre camp et qu'elle ne reverra jamais.

 

Loin des reconstitutions hollywoodiennes, Martti Helde choisit un procédé radical pour mettre en scène les lettres de son héroïne, lues en voix off alors que l'image nous plonge dans un ballet figé photographié dans un noir et blanc contrasté. C'est le parti pris osé du film. La caméra navigue en longs travellings au milieu de tableaux vivants (rafle, trains, camps de travail…), les acteurs immobiles comme des statues. Au spectateur d'imaginer le mouvement avec la seule aide du son la plupart du temps non synchrone avec l'image mais recréant ce qu'on pourrait appeler une "ambiance" sonore de ce qui est vécu à l'écran. Martti Helde impose ce choix avec une grande virtuosité, qui impressionne pendant 90 minutes, sans renoncer au postulat formel de départ, à part quelques séquences plus classiques, avant l'arrestation, en début de métrage. Le film se heurte parfois à un seul écueil, celui de la pose. En effet, il y a quelque chose de "petit malin" dans le procédé de mise en scène, qui nuit un peu à l'émotion, mais ce Crosswind reste tout de même un objet cinématographique assez original pour retenir l'attention.

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