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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Jérôme Bonnell poursuit son exploration du désir avec son nouveau film, A trois on y va, réunissant Anaïs Demoustier, Félix Moati et Sophie Verbeeck. Une comédie qui joue avec les codes du vaudeville et explore les méandres du désir et des mensonges de manière (parfois trop) délicate.

"A trois on y va", un film de Jérôme Bonnell

Charlotte et Micha sont jeunes et amoureux. Ils viennent de s’acheter une maison près de Lille pour y filer le parfait amour. Mais depuis quelques mois, Charlotte trompe Micha avec Mélodie. Sans rien soupçonner, se sentant toutefois un peu délaissé, Micha trompe Charlotte à son tour… mais avec Mélodie aussi ! Pour Mélodie, c’est le vertige. Complice du secret de chacun. Amoureuse des deux en même temps.

 

 

Le triangle amoureux est un des sujets les plus traités au cinéma, Jules et Jim restant la référence absolue dans la matière. Depuis, de nombreux cinéastes s'y sont collés, souvent avec joie, comme dans Les chansons d'amour (Christophe Honoré) ou Les amours imaginaires (Xavier Dolan) pour ne citer que les plus récents. Après son très beau Le temps de l'aventure (lire l'article du  9 avril 2013), Jérôme Bonnell continue de sonder le désir et ses mystères dans A trois on y va. Il y est encore question d'amours interdites, mais avec la particularité que les deux membres du couple se trompent avec la même personne, leur amie commune Mélodie (Anaïs Demoustier, décidément une des actrices les plus inspirantes de sa génération).

 

Le film interroge, finalement, la question du regard de la société sur l'amour et sur qui choisir, sans pour autant céder à une thèse ou une "classification" (bi, hétéro, etc…). Le personnage de Mélodie semble bien être le piment qui fait cruellement défaut au couple de Micha et Charlotte, qui viennent d'acheter une maison et s'apprêtent à se lancer sur la grande autoroute d'une routine adulte à deux. "On s'en fout d'être adulte" diront-ils chacun à Mélodie dans des circonstances similaires. Car le film, non dénué de burlesque, joue sur les codes du vaudeville (les portes et les fenêtres ne cessent de s'ouvrir et de se fermer, comme un ballet d'entrée et de sortie dans une relation ouverte) et assume sa légèreté de ton et la répétition d'actions chez les protagonistes en forme de miroir (chute, dialogues répétés, réactions semblables…). Bonnell a un regard très délicat sur la situation, parfois trop délicat, notamment quand il s'agit des corps, filmés avec une retenue qui frôle parfois la pudibonderie. La question du genre, peu importante en soi, pose tout de même question car le film joue avec l'éternel fantasme du plan à trois saphiques, mais on se demande quand le cinéma mainstream aura le courage de proposer la même histoire avec un homme pris entre une femme et un autre homme (avec un homme à la place de Mélodie, la tierce personne). Le réalisateur ose la possibilité d'un amour à trois assumé, peut-être même comme la seule forme possible d'amour, comme si le couple avait besoin d'un adjuvant pour se révéler, mais botte ne touche avec une séquence finale, un rebondissement inutile et décevant à deux minutes du générique. On ne boude cependant pas son plaisir devant ce marivaudage tout à fait charmant, porté par un casting convaincant et une mise en scène sensible.

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