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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Ryan Gosling passe derrière la caméra avec Lost River, un premier long-métrage qu'il a écrit et réalisé. La star réussit un film mêlant social et fantastique avec de nombreuses références à ses cinéastes de chevet.

"Lost River", un film de Ryan Gosling

Dans une ville qui se meurt, Billy, mère célibataire de deux enfants, est entraînée peu à peu dans les bas-fonds d’un monde sombre et macabre, pendant que Bones, son fils aîné, découvre une route secrète menant à une cité engloutie. Billy et son fils devront aller jusqu’au bout pour que leur famille s’en sorte.

 

 

Depuis le triomphe de Drive de Nicolas Winding Refn en 2011, Ryan Gosling est devenue une star du cinéma et un sex symbol mondial, statut qu'il avoue ne pas trop assumer. Absent des écrans depuis deux ans et Only God forgives (lire l'article du 22 mai 2013), il préparait son premier long-métrage en tant que réalisateur, Lost River, qu'il a également écrit. L'idée de départ lui est venue d'un souvenir d'enfance, une route qui menait dans un fleuve qui recouvrait, selon sa mère, une ville. Il explique : "La ville où j’ai grandi était sur le tracé de la voie maritime du Saint-Laurent. Des promoteurs ont aménagé un canal permettant à de gros bateaux de naviguer de l’Atlantique jusqu’aux grands lacs, en inondant plusieurs villes et villages sur leur chemin." Son premier film met en scène les ravages de la crise économique, notamment dans la région de Detroit, très touchée, où une mère tente d'échapper à l'expulsion alors que son aîné pique du cuivre dans des maisons abandonnées pour gagner quelques sous. Mais, en plus de cette trame sociale, Gosling injecte du fantastique avec une cité engloutie et une malédiction secrète.

 

Lost River est avant toute chose une immense réussite formelle. Avec l'aide de Benoît Debie, le chef op de Gaspar Noé, dont Gosling adore le chef-d'œuvre Enter the void (on en retrouve certains motifs, comme les néons), le jeune cinéaste puise son inspiration dans le cinéma de son mentor Nicolas Winding Refn (la lumière de Only God forgives et l'ambiance sonore et la musique de Drive) ainsi que dans celui de David Lynch (Blue Velvet et Twin Peaks en particulier pour son étrangeté de cabaret glauque) et Terrence Malick (les travellings somptueux, notamment au début du film). On retrouve également le goût de Lynch pour le feu (maisons, vélo…) et les personnages étranges (le directeur de la banque). Cependant, le film n'est pas qu'une compilation d'idées de mise en scène empruntées à d'autres. Ryan Gosling nous parle d'un certain romantisme adolescent, de la dignité d'une mère prête à tout pour garder sa maison et protéger ses enfants et de la violence inhérente à l'histoire des Etats-Unis. Le bien nommé Bully Town fait régner la terreur sur le quartier abandonné où vit et traîne Bones, le fils aîné de Billy (Christina Hendricks, intense) et le film nous ramène aussi à son absurdité : un trône de fortune, un royaume sans sujets. La veine fantastique du film est encore plus captivante, elle nous entraîne dans les fonds du lac artificiel ou dans un cabaret étrange (une sorte de cabinet des horreurs et des curiosités) où les femmes s'exhibent et miment des massacres devant une poignée d'hommes riches, qui ne viennent dans ce rade que pour profiter de la misère humaine. Malgré ce sombre tableau, le film est plein d'espoir et le feu, très présent, s'il est destructeur, est aussi purificateur, signe d'un nouveau départ. Après le dernier plan, qui rappelle une installation du vidéaste Bill Viola, une chose est sûre : le cinéaste Ryan Gosling est né.

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