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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs, le nouveau Arnaud Desplechin, Trois souvenirs de ma jeunesse, renoue, après un film plus international avec son travail passé. Une réussite sous l'influence de François Truffaut.

"Trois souvenirs de ma jeunesse", un film de Arnaud Desplechin

Paul Dédalus va quitter le Tadjikistan. Il se souvient… De son enfance à Roubaix… Des crises de folie de sa mère… Du lien qui l’unissait à son frère Ivan, enfant pieux et violent…Il se souvient… De ses seize ans… De son père, veuf inconsolable… De ce voyage en URSS où une mission clandestine l’avait conduit à offrir sa propre identité à un jeune homme russe… Il se souvient de ses dix-neuf ans, de sa sœur Delphine, de son cousin Bob, des soirées d’alors avec Pénélope, Mehdi et Kovalki, l’ami qui devait le trahir… De ses études à Paris, de sa rencontre avec le docteur Behanzin, de sa vocation naissante pour l’anthropologie… Et surtout, Paul se souvient d’Esther. Elle fut le cœur de sa vie. Doucement, "un cœur fanatique".

 

 

Comme François Truffaut avec Antoine Doisnel, Arnaud Desplechin s'est créé un double de cinéma, Paul Dédalus, personnage central de son film Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle), déjà présenté à la Quinzaine des Réalisateurs en 1996. On l'a revu dans Un conte de Noël (2008), dernier grand film du cinéaste. Avec Trois souvenirs de ma jeunesse, Desplechin retrouve une nouvelle fois Mathieu Amalric, dans le rôle de son héros adulte, mais c'est le portrait de l'adolescence qui l'intéresse ici, incarné par le jeune et prodigieux Quentin Dolmaire, qui a des faux airs de Jean-Pierre Léaud.

 

Entre fiction et autobiographie, Desplechin tricote un pêle-mêle au montage nerveux, s'autorisant les sautes d'axe et les faux raccords, avec voix off, lettres lues en regards caméra et dialogues littéraires dits -presque- sans souci de réalisme. L'ombre de Truffaut plane encore et toujours sur ce cinéma. On retrouve aussi les fétiches du cinéaste : Roubaix, la mère détestée, la tante tant aimée, les amours torturées, les troubles familiaux. Le film suit le parcours de Paul Dédalus de 16 à 20 ans, à l'âge de tous les possibles mais aussi de tous les bouleversements. On ne naît pas homme, on le devient… Aux côtés de Quentin Dolmaire, assurément un visage que l'on veut revoir vite, une jeune actrice non professionnelle, elle aussi, fait mouche. Elle s'appelle Lou Roy-Lecollinet et a le charme insolent des héroïnes de la Nouvelle Vague, de Bernadette Lafont à Françoise Dorléac. Sublimée, parfois fantasmée, la jeunesse chez Desplechin est belle parce qu'elle est éternelle, puisque figée dans le souvenir. De cette insouciance, cette insolence intemporelle, rien ne s'efface, reste le parfum volatil d'un passé dont la présence colle à la peau.

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