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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Guillaume Nicloux réunit Isabelle Huppert et Gérard Depardieu dans Valley of love, injustement reparti bredouille de la compétition cannoise. Un grand film fascinant et beau qui joue sur la vie et la filmographie de deux légendes du cinéma.

"Valley of love", un film de Guillaume Nicloux

VA

Isabelle et Gérard se rendent à un étrange rendez-vous dans la Vallée de la mort, en Californie. Ils ne se sont pas revus depuis des années et répondent à une invitation de leur fils Michael, photographe, qu'ils ont reçue après son suicide, 6 mois auparavant. Malgré l'absurdité de la situation, ils décident de suivre le programme initiatique imaginé par Michael...

 

lley of love

 

Isabelle Huppert et Gérard Depardieu ont depuis quarante ans une filmographie hors norme et figurent parmi les plus grands acteurs français. S'ils se sont croisés dans Les valseuses en 1974, c'est dans Loulou de Maurice Pialat (1980) qu'ils formaient un couple inoubliable. Ils n'avaient plus tourné ensemble depuis. Guillaume Nicloux les réunit dans la Vallée de la Mort pour un film envoûtant qui mêle fantastique et véritable documentaire sur ces deux "monstres sacrés", selon la formule consacrée. Isabelle et Gérard (ils portent leur véritable prénom) se sont aimés dans le passé et ont eu un fils, Michael, avec qui le rapport a toujours été difficile et qui vient de se suicider, laissant deux lettres dans lesquelles il donne rendez-vous à ses parents, réunis, dans cette région brûlante des Etats-Unis où il annonce qu'il se manifestera à eux.

 

La scène d'ouverture, un long plan-séquence où Isabelle Huppert arpente une allée, valise à la main, donne le ton : les personnages suivront un chemin tortueux qui les emmènera au-delà de leurs certitudes et fera apparaître des rémanences du passé. Métaphore christique, le scénario est resserré sur ses deux personnages, entremêlant la fiction (des rendez-vous quotidiens dans des sites de la Vallée de la Mort où les parents doivent attendre un signe de leur fils défunt) et la réalité (Isabelle et Gérard sont de célèbres acteurs et Nicloux joue avec ce que l'on connaît de la vie et de la carrière de Huppert et Depardieu). A propos de cette frontière étroite entre fiction et réel, l'actrice témoigne : "Nous parlions, assis dans un café, et tout à coup nous sentions que la caméra tournait et nous rentrions insensiblement dans une forme d’improvisation qui correspondait à la scène. Nous avons cherché à retrouver ce sentiment, même si Guillaume Nicloux disait « Moteur ! », même si ses dialogues étaient très écrits. Son écriture nous le permettait."

 

Depardieu, perdu pour certains, a depuis longtemps cessé de nous surprendre, errant dans de sombres panouilles sans âme (La marque des anges ou Turf pour ne citer que les plus récentes). Pourtant, il est capable de fulgurances. Dans Mammuth, il retrouvait, le temps d'une scène déjà teintée de fantastique, Isabelle Adjani. Dans Les temps qui changent (André Téchiné) puis Potiche (François Ozon), il retrouvait Catherine Deneuve, son amante mythique de cinéma. Guillaume Nicloux choisit l'épure pour le remettre aux côtés d'Isabelle Huppert, l'actrice la plus passionnante du cinéma français depuis plusieurs décennies déjà. Dans les décors désertiques de la Vallée de la Mort, ne reste que la chair, au plus près de l'os, de la relation entre deux anciens amants qui n'ont jamais cessé de s'aimer. D'ailleurs, "Isabelle" souligne que si on se met à détester quelqu'un que l'on a aimé, c'est qu'on ne l'a jamais vraiment aimé. Depardieu, conforme à son image, peut passer d'une remarque de beauf à une hypersensibilité qui bouleverse instantanément. Quant à Huppert, elle est - comme toujours - impériale. Le cinéaste, qui livre un vrai film fantastique, ne cherche pas à surexploiter l'aura de ses deux acteurs, ils les laissent exister devant la caméra et c'est déjà énorme. La voix, reconnaissable entre toutes, est au centre du film, comme leur corps, sec et parsemé de taches de rousseur (les "baisers du soleil") pour l'une, un corps lourd et épuisé, qui semble porter le poids du monde, pour l'autre. Un grand film qui, comme la musique envoûtante (The unanswered question de Charles Ives), garde son pouvoir de fascination bien longtemps après le générique.

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