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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

L'été se poursuit au rythme du film fleuve de Miguel Gomes Les mille et une nuits. Le deuxième volume, Le désolé, continue d'explorer le Portugal en crise, avec intelligence et poésie. Une saga passionnante.

"Les mille et une nuits - Le désolé", un film de Miguel Gomes

Où Schéhérazade raconte comment la désolation a envahi les hommes : « Ô Roi bienheureux, on raconte qu'une juge affligée pleurera au lieu de dire sa sentence quand viendra la nuit des trois clairs de lunes. Un assassin en fuite errera plus de quarante jours durant dans les terres intérieures et se télétransportera pour échapper aux gendarmes, rêvant de putes et de perdrix. En se souvenant d'un olivier millénaire, une vache blessée dira ce qu'elle aura à dire et qui est bien triste ! Les habitants d’un immeuble de banlieue sauveront des perroquets et pisseront dans les ascenseurs, entourés de morts et de fantômes, mais aussi d’un chien qui… ». Et le jour venant à paraître, Schéhérazade se tait. - « Quelles histoires ! C’est sûr qu’en continuant ainsi, ma fille va finir décapitée ! » – pense le Grand Vizir, père de Schéhérazade, dans son palais de Bagdad.

 

 

Le premier volume (L'inquiet) de ces Mille et une nuits consacrées à la crise traversée par le Portugal plaçait le dispositif et s'achevait sur une bande de "seniors" plongeant ensemble dans l'océan. Comme s'il les représentait, un homme apparaît au début du deuxième volume, dans sa soixantaine, plusieurs fois mariés ("à des emmerdeuses") et criminel en cavale : Simao "Sans Tripes" fuit dans un décor de western, narguant la police et gagnant ses galons de bandits "à l'ancienne", respecté du peuple. Mais le cœur de cet épisode se situe dans les deux segments suivants, où Shéhérazade raconte des histoires illustrant comment "la désolation a empli le cœur des hommes". Les larmes de la juge met en scène la lassitude d'une juge face à la complexité de la justice dans un décor de théâtre antique. Dans cette partie très didactique, on réfléchit sur la justice et la conséquence de ses actes, non sans humour et une pointe de fantastique (la vache de carnaval pleine de sagesse). Enfin, Les maîtres de Dixie se propose de montrer la vie dans une barre HLM par le prisme d'un adorable petit chien blanc qui va faire le lien entre différents voisins.

 

Avec ce deuxième volume, Miguel Gomes se fait plus sombre sans abandonner son apparente légèreté (jamais de pathos inutile ou de discours moralisateur). Le pays est gagné par le marasme, nous sommes au milieu de la saga et l'épisode de transition dans une trilogie est souvent un passage vers une dernière partie forcément plus "explosive". Comme les "Magnifiques" du premier volume, ce sont ici d'autres "magnifiques", les habitants dignes de cette barre HLM, qui livrent les émotions les plus fortes. Dixie, un charmant petit chien, va réenchanter la vie d'une vieille dame qui espère passer le témoin en le confiant à un couple de quinqua accablés par une vie trop dure, en bout de course, et à un jeune couple qui tente de s'en sortir. Cette partie, la plus belle, est politique et mélancolique, accompagnée d'un tube des années 80 (Lover why de Century) à la fois totalement ringard et beau à pleurer comme le sont ces vieilles ballades issues de notre mémoire. Après L'inquiet et Le désolé, c'est L'enchanté (dernière partie) qui prendra le relai pour achever ce bel été en compagnie d'un grand cinéaste.

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