Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Présenté hors compétition lors du Festival de Cannes 2015, le nouveau film de Gaspar Noé, Love, est un "mélodrame sexuel" à la fois cru et émouvant. Le cinéaste culte parvient à mêler sexe frontal et romantisme presque adolescent avec un talent bien à lui.

"Love", un film de Gaspar Noé

Un 1er janvier au matin, le téléphone sonne. Murphy, 25 ans, se réveille entouré de sa jeune femme et de son enfant de deux ans. Il écoute son répondeur. Sur le message, la mère d'Electra lui demande, très inquiète, s'il n'a pas eu de nouvelle de sa fille disparue depuis longtemps. Elle craint qu'il lui soit arrivé un accident grave.  Au cours d'une longue journée pluvieuse, Murphy va se retrouver seul dans son appartement à se remémorer sa plus grande histoire d'amour, deux ans avec Electra. Une passion contenant toutes sortes de promesses, de jeux, d'excès et d'erreurs...

 

 

Gaspar Noé a toujours surfé sur une vague sulfureuse, de la violence de Seul contre tous (1998) à la scène insoutenable de viol dans Irréversible (2002) en passant par Enter the void (2010), chef-d'œuvre sous acide. Son quatrième long-métrage, Love, a été pensé comme un "mélodrame sexuel" et tourné en 3D sous l'œil du fidèle chef op Benoît Debie. Au-delà de la curiosité de voir une éjaculation en relief ou une pénétration vaginale de l'intérieur (effet numérique différent de la même scène dans Enter the void), le procédé apporte une profondeur de champ et une sensation immersive qui amplifient la mélancolie qui baigne ce film produit par Vincent Maraval, qui n'en est pas à son premier coup d'éclat cannois (La vie d'Adèle en 2013 et Welcome to New York sur l'affaire DSK en 2014).

 

Aux premières heures du jour de l'an, Murphy reçoit un message de la mère de son ex-copine lui annonçant qu'elle n'a plus de nouvelles de sa fille depuis deux mois. Bouleversé, le jeune père de famille (qui vit sa paternité comme une malédiction) va passer cette journée pluvieuse à se remémorer son histoire mouvementée, passionnelle avec Electra, racontée par le réalisateur depuis la rupture jusqu'à la rencontre, prenant le temps à rebours, comme dans Irréversible. Le personnage de Murphy (Karl Glusman, intense) est un apprenti réalisateur, qui rêve de faire un "film fait avec du sang, du sperme et des larmes", pour réunir les deux plus belles choses dans la vie : l'amour et le sexe. On pense donc à un double de Gaspar Noé. Le cinéaste a d'ailleurs toujours évolué entre expériences formelles radicales et propos dans le fond assez gnangnan, plein de romantisme exalté de l'adolescence. Ecorché vif, il signe des dialogues à la fois plutôt plats mais aussi se présentant sous forme de déclarations existentielles, volontairement péremptoires, comme le carton final d'Irréversible ("Le temps détruit tout").

 

Gaspar Noé suit un couple à la dérive, Murphy et Electra, unis par une passion forcément destructrice, expérimentant toutes les drogues et plusieurs formes de sexualité, du triolisme aux clubs échangistes. Les images sublimes de Benoît Debie sont entrecoupées de rapides fondus au noir, comme des clignements d'yeux, pour mieux matérialiser le voyage mental du protagoniste, perdu dans les couloirs d'une mémoire tourmentée. Le sexe est filmé de manière très crue (et très belle) mais ce n'est pas pour exciter le spectateur (les pratiques présentées sont relativement mainstream), plutôt pour lui tendre un miroir et l'interroger sur la mélancolie inhérente à la sexualité, la confrontation éternelle entre Eros et Thanatos, enfin montrer la simplicité de ce rapport "primal". Love est avant tout un film romantique, un film d'amour, avec tout ce que cela implique, y compris le sexe. Moins scandaleux qu'avant, Gaspar Noé semble sinon apaisé, du moins calmé.

Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog