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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Le cinéaste roumain Radu Jude signe avec son troisième film, Aferim !, un western politique sur la situation des Roms dans son pays. Un peu trop bavard, le film est néanmoins servi par une mise en scène léchée qui lui a valu un Ours d'argent à Berlin 2015.

"Aferim !", un film de Radu Jude

1835. Un policier et son fils parcourent la campagne roumaine à la recherche d’un esclave gitan accusé d’avoir séduit la femme du seigneur local. Tel un shérif d'opérette chevauchant dans les Balkans sauvages, le fonctionnaire zélé ne perd pas une occasion d’apprendre à son rejeton le sens de la vie. A grands coups d’insultes grivoises, proverbes ridicules, morale bigote, humiliations gratuites, menaces et autres noms d’oiseaux, Costandin affiche son mépris des femmes, enfants, vieillards, paysans, juifs, turcs, russes et surtout, surtout, des gitans.

 

 

Le cinéma roumain de ces dernières années nous a habitués à un réalisme social un peu glaçant, à l'instar des grands films que sont 4 mois, 3 semaines, 2 jours de Cristian Mungiu (Palme d'or 2007) ou Mère et fils de Calin Peter Netzer (Ours d'or 2013). Avec son troisième film, Radu Jude prend le contrepied de cette tendance et filme un western en noir et blanc et en grand angle dans la région de la Valachie, au sud de la Roumanie. Aferim ! ("Bravo !" en turc) suit un père et son fils dans les Balkans, chargés de retrouver et de ramener à un seigneur un esclave rom accusé d'avoir fauté avec la femme de son maître.

 

En situant son récit presque deux siècles en arrière, le réalisateur pose à distance son propos, terriblement actuel. Les persécutions subies par les Roms sont montrées ici de la manière la plus crue : insultes, coups, exécutions sommaires… L'agent de loi, une espèce de mercenaire à la solde d'un seigneur assoiffé de vengeance, rivalise avec les hommes qu'il rencontre de misogynie, de malhonnêteté, de xénophobie et d'antisémitisme. Ses (longs) discours sont ponctués sans cesse de proverbes pleins de bon sens (ou non) et il compte bien inculquer à son jeune fils, visiblement un peu sensible, les valeurs nauséabondes qu'il chérit. La mise en scène est stylisée, dans un noir et blanc magnifiquement contrasté, mais les dialogues interminables sont parfois trop lourds alors que le cinéaste précipite un peu la fin de son histoire, ultraviolente. Un bilan en demi-teinte, donc.

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