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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Barbet Schroeder signe avec Amnesia un film partiellement autobiographique et revient sur la difficulté de l'héritage de l'histoire allemande pour toute une génération. Marthe Keller est admirable dans ce film délicat sur une histoire d'amour platonique avec le spectre du nazisme en toile de fond.

"Amnesia", un film de Barbet Schroeder

Ibiza. Début des années 90, Jo a vingt ans, il vient de Berlin, il est musicien et veut faire partie de la révolution électronique qui commence. Pour démarrer, l’idéal serait d'être engagé comme DJ dans le club l'Amnesia. Martha vit seule, face à la mer, depuis quarante ans. Une nuit, Jo frappe à sa porte. La solitude de Martha l'intrigue. Ils deviennent amis alors que les mystères s'accumulent autour d'elle : ce violoncelle dont elle ne joue plus, cette langue allemande qu'elle refuse de parler… Alors que Jo l'entraîne dans le nouveau monde de la musique techno, Martha remet en question ses certitudes…

 

 

Sept ans après son dernier long-métrage, Inju : la bête dans l'ombre, Barbet Schroeder revient au cinéma avec Amnesia, un film hanté par l'ombre du passé nazi de l'Allemagne et le refus pour une femme (Marthe Keller, parfaite) de renouer un lien quelconque avec son pays natal, 45 ans après la fin de la guerre. Quelques mois après la chute du Mur de Berlin, un jeune homme, Jo, s'installe à Ibiza, nouvelle Mecque de la musique électronique, dans l'espoir de faire son trou comme DJ dans les boites de l'île. Il va rencontrer sa voisine, Martha, 70 ans, exilée là depuis des années, seule, refusant de parler allemand ou se monter dans un Volkswagen, "le triomphe posthume d'Hitler".

 

Premier film européen tourné en 6K (format trois fois plus défini de le 35mm et aux "possibilités infinies"), Amnesia impressionne par sa lumière, somptueuse, tranchant avec les maisons bleues et blanches accrochées sur la colline. Comme Martha, Barbet Schroeder a un rapport ambigu à l'Allemagne, son pays natal. Le cinéaste parle mal l'allemand car sa mère, traumatisée par la guerre et exilée en Suisse, a refusé de parler "cette langue nazie". La rencontre avec Jo va opérer comme une tentative de réunification, à l'image des événements berlinois de l'époque (le film se déroule en 1990). Au-delà du ressort politique du film, on apprécie la relation naissante entre Jo et Martha, une histoire d'amour platonique qui ne se révèle pas, sans sexualité mais profondément bouleversante, grâce à la subtilité de l'interprétation. Dans un anglais approximatif ou dans un allemand retrouvé, les échanges s'interrogent sur les visions du monde, l'héritage du passé, mais aussi le rapport à la langue dans ce qu'elle a de plus intime. Un film profond à la douceur troublante.

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