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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Raphaël Jacoulot s'inspire d'un fait divers pour son nouveau film, Coup de chaud. Une chronique provinciale sous forme de Cluedo qui trouve sa force dans son interprétation et son questionnement sur le thème du bouc-émissaire.

"Coup de chaud", un film de Raphaël Jacoulot

Au cœur d’un été caniculaire, dans un petit village à la tranquillité apparente, le quotidien des habitants est perturbé par Josef Bousou. Fils de ferrailleurs, semeur de troubles, il est désigné par les villageois comme étant la source principale de tous leurs maux jusqu’au jour où il est retrouvé sans vie dans la cour de la maison familiale…

 

 

Déjà avec son précédent film, Avant l'aube, en 2011, Raphaël Jacoulot plongeait un "corps étranger" au sein d'un milieu fermé, en l'occurrence un petit hôtel de montagne. Et déjà, une disparition inquiétante faisait remonter le pire de l'âme humaine. Avec Coup de chaud, le réalisateur va encore plus loin dans la thématique du bouc-émissaire en proposant l'explosion d'une paranoïa de groupe. Josef est un jeune avec un léger handicap mental ("il a manqué d'oxygène quelques minutes à sa naissance" explique sa mère) qui sème le trouble, presque sans le vouloir, dans un petit village du sud-ouest. Les esprits s'échauffent (c'est le cas de le dire) d'autant plus que les paysans vivent une sècheresse et une canicule inédite depuis quarante ans. Le film va tenter de faire la lumière sur le meurtre de ce jeune homme, exposé dans la scène d'ouverture.

 

Josef (Karim Leklou, remarquable) est un de ces ados dérangeants (et un peu dérangés, autrefois "idiots du village") que l'on trouve dans de nombreuses provinces : désœuvré, il passe sa journée à écouter sa musique techno trop fort, faire pétarader sa voiture sans permis, reluquer les filles d'un œil frustré, commettre de petits larcins, innocents, dans l'obsession familiale de collecter des objets (le père et le frère sont ferrailleurs). L'intelligence de Jacoulot est de ne pas prendre parti. Josef est montré comme un "débile débonnaire" mais aussi agaçant dans son refus de respecter les règles de la société. Quant aux villageois, on les condamne autant qu'on les comprend parfois dans leur ligue contre le malheureux Josef. "Notre société se cherche en permanence des coupables" déclare le cinéaste pour expliquer la réaction des habitants du village suite à une série de dégradations et disparitions de matériel. La partie "thriller" du film n'est pas la plus intéressante, d'autant plus que l'on devine de suite qui est le meurtrier, mais c'est son versant politico-social qui étonne par sa justesse et son implacable tranchant, en association avec un casting impeccable (en tête, Carole Franck, Jean-Pierre Darroussin, Grégory Gadebois ou Isabelle Sadoyan). Le cinéma de Raphaël Jacoulot se rapproche, par certains aspects, de Chabrol, la truculence gourmande en moins, pour sa peinture dure mais réaliste de la France des campagnes, injustement boudée par le cinéma d'aujourd'hui.

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