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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Le film fleuve de Miguel Gomes Les mille et une nuits connaît son épilogue avec le troisième et dernier volume, L'enchanté. La saga passionnante du cinéaste portugais s'achève néanmoins sur un épisode en demi-teinte.

"Les mille et une nuits - L'enchanté", un film de Miguel Gomes

Où Schéhérazade doute de pouvoir encore raconter des histoires qui plaisent au Roi, tant ses récits pèsent trois mille tonnes. Elle s’échappe du palais et parcourt le Royaume en quête de plaisir et d'enchantement. Son père, le Grand Vizir, lui donne rendez-vous dans la Grande Roue. Et Schéhérazade reprend : « Ô Roi bienheureux, quarante après la Révolution des Œillets, dans les anciens bidonvilles de Lisbonne, il y avait une communauté d’hommes ensorcelés qui se dédiaient, avec passion et rigueur, à apprendre à chanter à leurs oiseaux... ». Et le jour venant à paraître, Schéhérazade se tait.

 

 

Après L'inquiet, un premier volume sur lequel planait l'ombre de la crise socio-économique, Miguel Gomes avait livré le plus beau des trois films de sa saga Les mille et une nuits avec Le désolé, plus sombre mais aussi porté par deux segments bouleversants (Les larmes de la Juge et Les maîtres de Dixie). Avec L'enchanté, le cinéaste achève sa trilogie sur une Shéhérazade qui, d'abord, s'échappe du château pour aller découvrir le monde, puis sur un (trop long) segment sur les éleveurs de pinsons, dont le chant miraculeux serait la manifestation d'un réenchantement. Côté formel, le texte sous forme de cartons remplacent la plupart du temps la voix de Shéhérazade, toute à ses découvertes.

 

Dans un très beau fondu enchaîné mêlé de surimpression, le père de Shéhérazade parle avec un fantôme, celui de sa défunte épouse. Ce procédé tout simple, des origines du cinéma, montre comment Gomes s'amuse de la matière cinématographique, de son langage. Dans la première partie de L'enchanté, Shéhérazade parcourt Bagdad (en réalité le tournage s'est fait dans les sublimes calanques de Marseille) à la rencontre - aléatoire - de personnages légendaires comme un génie (et sa lampe), un homme procréateur père de plus de deux cents enfants, à la beauté mais si bête qu'on lui demande de se taire, un voleur / danseur charismatique qui répond au doux nom d'Elvis… Ce segment, trop court, séduit et se place dans la lignée des deux premiers volets. La suite est plus décevante. Pour conclure cette saga, on attendait une explosion et Gomes prend le contre-pied en s'intéressant, trèèèèès longuement aux pinsonneurs, ces éleveurs qui font chanter les petits oiseaux. Après le coq, la baleine et les chameaux du premier volume et le chien et les moutons du deuxième, c'est avec des pinsons que se referment le bestiaire du cinéaste. Malheureusement, en dépit de certains plans d'une extrême beauté, le film finit par être victime de son rythme : trop lent, trop contemplatif et l'intérêt pour ces pinsonneurs atteint finalement sa limite.

 

Au final, Miguel Gomes nous a tout de même offert une expérience peu commune avec cette saga estivale qui n'a rien de traditionnel. Mais c'est l'émotion vive des Magnifiques du premier volume et la douloureuse tendresse des Maîtres de Dixie du deuxième qui resteront les souvenirs les plus marquants. Avec Les mille et une nuits le réalisateur s'est affirmé comme un conteur magnifique et un rapporteur précieux des maux de notre temps. Après ce projet pharaonique, on attend avec impatience des nouvelles du nouveau maître portugais.

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