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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Catherine Frot fait son grand retour devant la caméra de Xavier Giannoli dans le nouveau film du cinéaste, Marguerite. Comédie acide, drame de la solitude et glissement vers la folie, Giannoli réussit son retour, toutefois un peu académique.

"Marguerite", un film de Xavier Giannoli

Le Paris des années 20. Marguerite Dumont est une femme fortunée passionnée de musique et d’opéra. Depuis des années elle chante régulièrement devant son cercle d’habitués. Mais Marguerite chante tragiquement faux et personne ne le lui a jamais dit. Son mari et ses proches l’ont toujours entretenue dans ses illusions. Tout se complique le jour où elle se met en tête de se produire devant un vrai public à l’Opéra.

 

 

Catherine Frot n'était plus apparu sur les écrans de cinéma depuis 2012 (Les saveurs du Palais de Christian Vincent), également année de la sortie du calamiteux Superstar de Xavier Giannoli, échec critique et commercial. L'actrice ultra populaire a été choisie pour incarner une riche baronne qui se pique de chant lyrique, l'adaptation libre de la vie de Florence Foster Jenkins, qui chantait faux à en faire saigner les oreilles de ses plus fidèles "amis", l'encourageant religieusement car ils profitent de ses largesses. Marguerite n'est pas seulement une comédie – même si les scènes de récital sont  à tomber – mais aussi un drame de la solitude de cette femme, ignorée (méprisée ?) par son mari, qui n'a d'yeux que pour sa fortune, et moquée, sans le savoir, par son entourage, à l'exception d'un domestique fasciné et prêt à tout pour garder sa patronne dans sa douce illusion, jusqu'à la photographier dans les rôles qu'elle rêve d'incarner (Madame Butterfly, Carmen…).

 

Au-delà du biopic, Marguerite est un film qui pose la question du cynisme du milieu intellectuel / bourgeois / culturel. La cantatrice est une candide dans un monde de cyniques et elle va continuer de croire, envers et contre tous, que "exister, c'est insister". La mise en scène de Giannoli enveloppe son héroïne comme il l'emprisonne pour la mettre à mort, aux yeux des profiteurs. On pense à Max Ophüls mais aussi Sunset Boulevard de Billy Wilder et au personnage incarné par Gloria Swanson. Giannoli s'est toujours intéressé à la célébrité et à ses conséquences humaines (Quand j'étais chanteur, Superstar et même son court-métrage palmé à Cannes L'interview) ainsi qu'à l'imposture (A l'origine). Ici, il réunit les deux thèmes et voue un cœur pur aux gémonies, qui aura tout de même touché son rêve du bout des doigts avant la chute inévitable. Malgré l'interprétation sans faille de Catherine Frot (César de la meilleure actrice en février 2016 ?) et de Michel Fau (extraordinaire), le film s'étire parfois et les fulgurances (une Marseillaise revisitée) laissent place à un ronronnement. On prend plaisir enfin à voir l'hypothèse d'une Marguerite devenir – bien malgré elle – l'égérie des dadas, refusant la vision conventionnelle de la beauté et qui voit, par le biais d'un écrivain / imposteur (lui aussi), de la poésie dans cette façon de chanter faux, "divinement faux".

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