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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Samuel Benchetrit adapte certaines de ses nouvelles dans son nouveau film, Asphalte, galerie de portraits de personnages seuls aux destins croisés. Emouvant, drôle et souvent poétique, le film révèle le fils du réalisateur, Jules Benchetrit, magnifique et troublant.

"Asphalte", un film de Samuel Benchetrit

Un immeuble dans une cité. Un ascenseur en panne. Trois rencontres. Six personnages.
Sternkowtiz quittera-t-il son fauteuil pour trouver l’amour d’une infirmière de nuit ?
Charly, l’ado délaissé, réussira-t-il à faire décrocher un rôle à Jeanne Meyer, actrice des années 80 ? Et qu’arrivera-t-il à John McKenzie, astronaute tombé du ciel et recueilli par Madame Hamida ?

 

 

Depuis Janis et John, son premier long-métrage en 2003, Samuel Benchetrit a exploré un univers différent à chacun de ses films, pensant de l'excellente comédie à sketches décalée J'ai toujours rêvé d'être un gangster à une comédie ratée (Chez Gino) et un drame étonnant (Un voyage). Avec Asphalte, il adapte partiellement ses Chroniques de l'asphalte, publiée en plusieurs tomes depuis 2005. Dans une barre d'immeubles décatie et ses alentours, des solitudes se croisent. Le film suit trois rencontres : entre un homme en fauteuil roulant isolé et une infirmière de nuit, entre une sympathique quinqua en manque de fils et un astronaute littéralement tombé du ciel, entre un jeune homme solitaire et une actrice en deuil de sa gloire passée.

 

Le cinéaste fait le choix d'un refus du réalisme et de la vraisemblance en trouvant néanmoins le ton juste pour nous parler de misère affective et sociale, de la vie dans les cités – certes ici une vie fantasmée ou issue de l'imaginaire des années 80 dans lesquelles Benchetrit a grandi – et de solidarité. Les personnages sont tous, pour des raisons diverses, des laissés de côté, des abîmés par la vie. Au-delà de son discours, le film séduit par sa drôlerie mélancolique, son regard bienveillant – mais sans complaisance – et son incroyable foi en l'humanité. Les trois "sketches" sont de qualité égale mais celui qui met en scène Isabelle Huppert et Jules Benchetrit (le fils du cinéaste et de Marie Trintignant) est complètement bouleversant. Malin, Samuel Benchetrit joue avec la propre légende de l'actrice en la mettant face aux images de ses débuts mais comme dans une version alternative d'elle-même où elle n'aurait fait la carrière que l'on connaît. C'était déjà le thème de J'ai toujours rêvé d'être un gangster, les losers attachants. Face à elle, un ado en manque de mère – le parallèle avec la réalité est forcément troublant – incarné par Jules Benchetrit, véritable révélation. D'une beauté incroyable, le visage illuminé par cette ressemblance avec sa mère, un mélange de violence contenue et d'infinie douceur, le jeune acteur est exceptionnel. Dans la plus belle séquence du film, il se substitue à son père en filmant Isabelle Huppert répétant un rôle qu'elle voudrait décrocher, celui d'une vieille femme dans une pièce où elle incarna jadis une jeune première. Intelligent, le film n'évite pas toujours la pose mais possède un charme fou et une émotion véritable.

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