Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Philippe Faucon offre avec son nouveau film, Fatima, un beau portrait de femmes et le contrepoint de son précédent et sombre film, La désintégration. Emouvant et subtil.

"Fatima", un film de Philippe Faucon

Fatima vit seule avec ses deux filles : Souad, 15 ans, adolescente en révolte, et Nesrine, 18 ans, qui commence des études de médecine. Fatima maîtrise mal le français et le vit comme une frustration dans ses rapports quotidiens avec ses filles. Toutes deux sont sa fierté, son moteur, son inquiétude aussi. Afin de leur offrir le meilleur avenir possible, Fatima travaille comme femme de ménage avec des horaires décalés. Un jour, elle chute dans un escalier. En arrêt de travail, Fatima se met à écrire en arabe ce qu'il ne lui a pas été possible de dire jusque-là en français à ses filles.

 

 

En 2012, Philippe Faucon réalisait son film le plus important à ce jour, La désintégration, film terriblement prophétique quand on pense aux événements du 7 janvier 2015. "Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse. J’ai pensé qu’il fallait aussi raconter la forêt qui pousse et Fatima en a été l’occasion" commente-t-il pour présenter son nouveau film, comme un contrepoint solaire à son précédent projet. Fatima est une quadra née au bled qui ne maîtrise pas le français (elle ne sait ni lire ni écrire), ce qui la pousse à être en marge de la société, condamnée à "laver la merde des autres" comme lui assène sa plus jeune fille et à subir l'humiliation quotidienne des laissés pour compte. Une bourgeoise chez qui elle fait le ménage la teste en laissant traîner de l'argent, une propriétaire invoque un prétexte fallacieux pour éviter une visite d'appartement.

 

Là où La désintégration pointait l'échec de l'intégration (et même le rejet du système par des jeunes nés en France), Fatima montre qu'il y a un versant solaire, que l'intégration est possible, notamment par les études. La fille aînée de Fatima est brillante et entame des études de médecine alors que la seconde est révoltée, sèche les cours et reproche à sa mère son propre déclassement social. Avec une mise en scène épurée, Philippe Faucon montre avec finesse la réalité des banlieues, avec le poids du regard des autres et la honte ressentie de ne pas être en conformité avec les lois sociales. Mère courage, Fatima est aussi une artiste qui s'ignore, une femme à l'intelligence vive qui préfère courber l'échine pour assurer à ses filles une vie meilleure que la sienne. Le cinéaste filme ces femmes avec une infinie douceur et une grande justesse. Du beau cinéma qui rend hommage à toutes les "Fatima".

Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog