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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Woody Allen retrouve Emma Stone et revient en grande forme avec L'homme irrationnel, présenté au Festival de Cannes 2015. Une tragi-comédie qui se révèle être un excellent cru, confirmant la grande forme du cinéaste depuis quelques années.

"L'homme irrationnel", un film de Woody Allen

Professeur de philosophie, Abe Lucas est un homme dévasté sur le plan affectif, qui a perdu toute joie de vivre. Il a le sentiment que quoi qu’il ait entrepris - militantisme politique ou enseignement - n’a servi à rien. Peu de temps après son arrivée dans l’université d’une petite ville, Abe entame deux liaisons. D’abord, avec Rita Richards, collègue en manque de compagnie qui compte sur lui pour lui faire oublier son mariage désastreux. Ensuite, avec Jill Pollard, sa meilleure étudiante, qui devient aussi sa meilleure amie. Si Jill est amoureuse de son petit copain Roy, elle trouve irrésistibles le tempérament torturé et fantasque d’Abe, comme son passé exotique. Et tandis que les troubles psychologiques de ce dernier s’intensifient, Jill est de plus en plus fascinée par lui. Mais quand elle commence à lui témoigner ses sentiments, il la rejette. C’est alors que le hasard le plus total bouscule le destin de nos personnages dès lors qu’Abe et Jill surprennent la conversation d’un étranger et s’y intéressent tout particulièrement. Après avoir pris une décision cruciale, Abe est de nouveau à même de jouir pleinement de la vie. Mais ce choix déclenche une série d’événements qui le marqueront, lui, Jill et Rita à tout jamais.

 

 

A 80 ans (en décembre), Woody Allen n'a rien perdu de sa vitalité et, après Magic in the moonlight, le cinéaste retrouve sa nouvelle muse Emma Stone, qui semble bien être un nouveau double du réalisateur new-yorkais : débit ultra rapide, yeux ultra expressifs et esprit ultra angoissé. Avec L'homme irrationnel, Allen renoue avec un fil rouge de son œuvre, l'angoisse existentielle et la philosophie. Joaquin Phoenix, nouveau venu dans son univers, incarne un prof de philo dépressif et alcoolique qui débarque dans une petite université de Rhode Island et compte bien inculquer à ses élèves des leçons peu communes sur la futilité de l'existence et les limites des grands théoriciens. "Je crois ferme dans le caractère totalement aléatoire et futile de l’existence (...). La vie tout entière se déroule sans rythme, ni rationalité. Nous sommes tous soumis aux fragiles contingences de l’existence. Comme chacun sait, il suffit d’être au mauvais endroit, au mauvais moment" assène Woody Allen. Néanmoins, en contrepoids, Emma Stone incarne, elle, le versant solaire du réalisateur, jeune élève en philo fascinée par ce prof trash et charismatique et qui se rend compte qu'elle est "moins anticonformiste qu'elle le pensait".

 

Peu de cinéastes parviennent à cette grandeur de Woody Allen qui consiste à osciller sans cesse entre une noirceur insondable et une légèreté désarmante. Ce nouveau film est empreint de cynisme, au sens philosophique du terme, et se révèle particulièrement habile dans e tournant qu'il prend en milieu de narration. A l'instar de Match Point, pour citer l'un des plus grands succès du réalisateur, L'homme irrationnel passe du portrait d'homme brisé à une comédie policière, d'un drame existentiel à une tragi-comédie qui se joue habilement de la morale. Woody Allen se moque autant des grandes questions sur la vie qui hante son œuvre que de l'altruisme, jamais vraiment innocent : "L’idée même qu’elle puisse sauver un type dépressif, alcoolique et suicidaire lui semble valorisante d’un point de vue narcissique (...). Elle n’est encore jamais venue en aide à quelqu’un au fond du trou, et elle ne se rend pas compte que cela peut la précipiter, elle aussi, dans l’abîme." Intelligent, brillant même, éclairé par l'immense directeur de la photo Darius Khondji, ce nouveau film est dans la veine des grands films alléniens (de Manhattan à Blue Jasmine) : apparemment pétillant mais profondément sombre.

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