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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Alain Cavalier poursuit son chemin documentaire avec La Caravage, un film qui suit au plus près le quotidien d'un cheval et de son entraîneur. Sensuel, malicieux et fascinant.

"Le Caravage", un film de Alain Cavalier

Chaque jour, de bon matin, Bartabas travaille son cheval préféré Caravage. Tous les deux ont une conversation silencieuse où chacun guide l’autre. Atteindront-ils une certaine perfection qui les autorise à se présenter devant un public ? Traverser les pépins de santé, se remettre de séances ratées, s’affiner, goûter la joie d’un sans faute. Le cinéaste est admis à être témoin de cette intimité. A la longue, c’est la naissance d’un trio où les cœurs sont ensemble. Le spectateur en fera peut-être un quatuor.

 

 

Quoi de plus normal quand on s'appelle Alain Cavalier que de consacrer un film entier à un cheval et son dresseur ? Depuis des années déjà, le cinéaste a quitté les grands plateaux de cinéma pour tourner seul avec sa caméra vidéo des autofictions, des documentaires et des œuvres d'art flirtant avec l'expérimental. Un an après son bouleversant Paradis, Cavalier nous convie dans le cercle fermé du dressage aux côtés de Bartabas, célèbre artiste équestre et patron du théâtre Zingaro installé à Aubervilliers. Pas de mots cette fois, la voix douce du réalisateur ne prononcera que quelques succinctes paroles. "J'étais le témoin silencieux entre deux corps, dont l'un pèse plus de huit cents kilos" commente-t-il pour décrire son film La Caravage, portrait du cheval préféré du dresseur.

 

Petit à petit, Alain Cavalier a apprivoisé le cheval et son dresseur et nous donne à voir sur plusieurs mois les séances d'entraînement, les soins apportés à l'animal (dont une impressionnante séquence avec le "dentiste"). Pendant 1h10, la caméra scrute l'animal au plus près, avec des gros plans somptueux sur toutes les parties de son anatomie. Chacun a ses habitudes. Après l'entraînement, Caravage aime se défouler en se roulant par terre avec l'insouciance d'un enfant. Ce cheval terriblement expressif a un port aussi souverain que son cavalier et, avec le "filmeur", ils forment un trio taiseux. Dans ce film, il ne s'agit pas de comprendre, il n'y a pas vraiment de narration mais un ensemble d'impressions, de moments qui plongent le spectateur dans une contemplation éblouie. Comme une bénédiction donnée au filmeur, le cheval finit par gratifier la caméra d'un "baiser", un grand coup de langue qui rend l'image floue, "la preuve royale d'un échange d'amour" selon le cinéaste. Encore une fois avec Alain Cavalier, du grand cinéma, modeste et bouleversant.

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