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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

László Nemes, l'assistant de Bela Tarr, passe à la réalisation de son premier long-métrage, Le fils de Saul, évocation des Sonderkommando dans l'enfer d'Auschwitz. Un film choc qui a obtenu le Grand Prix du Festival de Cannes 2015.

"Le fils de Saul", un film de László Nemes

Octobre 1944, Auschwitz-Birkenau. Saul Ausländer est membre du Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs isolé du reste du camp et forcé d’assister les nazis dans leur plan d’extermination. Il travaille dans l’un des crématoriums quand il découvre le cadavre d’un garçon dans les traits duquel il reconnaît son fils. Alors que le Sonderkommando prépare une révolte, il décide d’accomplir l’impossible : sauver le corps de l’enfant des flammes et lui offrir une véritable sépulture.

 

 

Comment représenter Auschwitz et doit-on le représenter ? C'est un débat qui agite la cinéma depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale et surtout le film scandale Kapo de Gillo Pontecorvo en 1961, que Jacques Rivette, alors critique aux Cahiers du Cinéma jugera en ces termes : "Dans Kapo, le plan où Emmanuelle Riva se suicide, en se jetant sur les barbelés électrifiés : l'homme qui décide, à ce moment-là, de faire un travelling avant pour recadrer le cadavre en contre-plongée, en prenant soin d'inscrire exactement la main levée dans un angle de son cadrage final, cet homme-là n'a droit qu'au plus profond mépris". Depuis, on oppose ceux qui refuse la représentation (Claude Lanzmann) et ceux qui pensent que l'on peut fictionnaliser les camps (La liste de Schindler de Spielberg soulève une polémique dans les années 90). László Nemes, assistant de Bela Tarr et auteur de quelques courts-métrages, s'est frotté à la question avec Le fils de Saul, son premier long, tranchant en plaçant l'enfer d'Auschwitz dans le hors-champ.

 

Dans les camps, les Sonderkommando étaient des prisonniers choisis pour leur robustesse physique et qui avaient l'ignoble tâche de faire entrer les victimes dans les chambres à gaz puis de les nettoyer et de faire brûler les corps. Le film s'attache à un homme, Saul, filmé en gros plan pendant quasiment 1h45, et qui va se mettre en tête de "sauver" un enfant qu'il prend – à tort ou à raison – pour son fils en lui offrant une sépulture rituelle. Dans cette entreprise qui vire à l'obsession, Saul va rencontrer tous les obstacles et se frotter aux limites de la raison, comme si "sauver" cet enfant revenait, dans l'ignominie des camps, à sauver l'humanité. Dans un travail d'équilibriste, le réalisateur ne montre jamais les chambres à gaz, mettant en scène toute l'horreur des camps dans le flou ou le hors-champ, rendue particulièrement insoutenable par un travail minutieux sur le son (voix qui se mêlent dans différentes langues, coups sur la porte des chambres à gaz, ordres des nazis…). On ne voit donc pas mais on entend. Difficile de parler du fond du film tant le sujet est épineux mais la mise en scène habile de Nemes permet un regard assez inédit sur la Shoah et l'interprétation de Géza Röhrig (poète hongrois dans son premier rôle au cinéma) est bouleversante. Un film éprouvant mais jamais obscène sur l'une des plus grandes tragédies criminelles de l'Histoire.

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