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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Roberto Minervini filme dans The other side une communauté en marge de la société aux Etats-Unis. Dans une Amérique déclassée, ces white trash sont le cœur et l’âme d’un documentaire parfois éprouvant mais toujours passionnant.

"The other side", un film de Roberto Minervini

Dans un territoire invisible, aux marges de la société, à la limite entre l’illégalité et l’anarchie, vit une communauté endolorie qui fait face à une menace : celle de tomber dans l’oubli. Des vétérans désarmés, des adolescents taciturnes, des drogués qui cherchent dans l’amour une issue à leur dépendance, des anciens combattants des forces spéciales toujours en guerre avec le monde, des jeunes femmes et futures mères à la dérive, des vieux qui n’ont pas perdu leur désir de vivre... Dans cette humanité cachée, s’ouvrent les abysses de l’Amérique d’aujourd’hui.

 

 

Après une trilogie sur le Texas, Roberto Minervini, réalisateur italien installé aux Etats-Unis, a suivi en Louisiane une communauté de ce que l’on appelle les « outcasts », ces laissés pour compte oubliés des politiques et qui sombrent dans l’alcool et les drogues quand on ne les envoie pas faire la guerre. Mark et Lisa, un couple de toxicos, sont au centre du récit. Ils représentent ces white trash qui carburent à la meth, qu’ils fabriquent eux-mêmes et revendent un peu à leurs proches et amis d’infortune. Le réalisateur les filme au plus près dans leur quotidien, n’oubliant pas un certain sens de la mise en scène et du cadre. Les deux amoureux, défoncés du matin au soir, dissertent sur la vie, mangent, se disputent, baisent, se piquent, fument, errent… Mark travaille parfois comme ferrailleur pour quelques dollars non déclarés.

 

La force du film est dans l’empathie qu’il développe pour ses personnages, Mark et Lisa, mais aussi une autre génération, plus âgée, désabusée de la politique depuis longtemps, qui rêve de voir Hillary Clinton accéder à la Présidence pour effacer les erreurs d’Obama, des « sans dents » (littéralement) féministes et mélomanes mais aussi racistes. Mark et Lisa, eux, se réfugient dans la nature, nus dans les rivières comme des Adam et Eve en quête d’un jardin d’Eden des temps modernes. Sans prévenir, le film bascule dans sa dernière demi-heure dans ce qui apparaît comme le berceau de cette violence des « rednecks », le Texas où des milices s’entraînent à tirer sur des cibles à l’effigie d’Obama en attendant une révolution nourrie par la colère et la pauvreté. Dans ce film, Minervini montre une Amérique de « l’autre côté », loin de l’image véhiculée par son cinéma et sa politique, profondément divisée en son socle et en proie à une violence intérieure à la mesure de son incroyable rayonnement culturel à l’extérieur.

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