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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Todd Haynes revient aux années 50 avec le bouleversant Carol. Cate Blanchett et Rooney Mara sont au sommet de leur art dans ce film beau et déchirant sur une passion amoureuse interdite par la société.

"Carol", un film de Todd Haynes

Dans le New York des années 1950, Therese, jeune employée d’un grand magasin de Manhattan, fait la connaissance d’une cliente distinguée, Carol, femme séduisante, prisonnière d'un mariage peu heureux. À l’étincelle de la première rencontre succède rapidement un sentiment plus profond. Les deux femmes se retrouvent bientôt prises au piège entre les conventions et leur attirance mutuelle.

 

 

Vingt ans après Safe et plus de dix ans après son hommage à Douglas Sirk Loin du paradis, Todd Haynes renoue avec un destin de femme aux prises avec la société dans Carol, qui a valu très justement à Rooney Mara le Prix d’interprétation féminine à Cannes en 2015 – Cate Blanchett le méritait d’ailleurs tout autant. Ce nouveau film du cinéaste américain est adapté du roman The Price of Salt de Patricia Highsmith et publié sous un pseudo, en 1952, en raison du sujet à l’époque épineux. A la manière de Roland Barthes, dont il avoue avoir relu Fragments d’un discours amoureux avant le tournage, Todd Haynes explique que Carol « ne parle que du théâtre fou et solitaire de l’imagination amoureuse. »

 

Grand formaliste, le réalisateur met ses pas dans ceux de Douglas Sirk, mais ne donne pas dans l’hommage pur comme il l’a fait avec son chef-d’œuvre Loin du paradis (2003). Carol est à la fois la chronique douloureuse d’un amour impossible mais aussi un regard passionnant sur une société où le moralisme, sous des jours de tolérance nouvelle, se fait plus conservateur que jamais – à ce titre, le film est profondément contemporain à notre époque troublée où les intégristes (culturels, religieux) connaissent un regain de vitalité. La première rencontre, dans un grand magasin, est une leçon de mise en scène et Todd Haynes va épouser, littéralement, avec empathie, les regards croisés de ses deux héroïnes.

 

Le cinéma de Todd Haynes tient souvent à la délicatesse des détails, comme celui d’une main posée sur l’épaule. Julianne Moore et Dennis Haysbert, en cachette dans Loin du paradis, et ici, furtivement, sur l’épaule de Rooney Mara, d’abord son amante secrète puis un prétendant un peu lourd, avec deux sentiments évidemment opposés.  La beauté du film est aussi dans le soin apporté aux seconds rôles, notamment le mari délaissé, humilié et qui voit une Cate Blanchett impériale lui répondre que si le divorce pourrait devenir affreux (« ugly »), mais qu’il vaut mieux trouver un terrain d’entente, entre gens bien (« We’re not ugly people »). Porté par deux actrices en état de grâce, Carol est peut-être le film le plus abouti, le plus bouleversant de son auteur, jusque dans les dernières secondes de son dénouement incertain.

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